40°C, les martinets se défenestrent
À mesure que les épisodes caniculaires se multiplient, les écosystèmes s’effondrent. Les périodes de fortes chaleurs et de sécheresse affaiblissent les milieux naturels et leurs interactions alors que l’habitabilité de la planète en dépend.

Le pays brûle et manque d’eau. Selon Météosuisse: «la température moyenne suisse en juin 2026 a été de 3,5°C au-dessus de la période de référence 1991–2020». Résultats, les milieux naturels tels que les marais se résorbent, les écosystèmes glaciaires disparaissent, les milieux aquatiques se transforment, les prairies et les plaines agricoles prennent feu et les forets s’assèchent. Les espèces qui y vivent subissent ces conditions extrêmes de plein fouet. S’ils sont encore là, les aprons manquent d’oxygène, les tilleuls à petites feuilles fleurissent plus tôt, le blé ralentit sa croissance, les syrphes pollinisent moins, les chênes rouvres sont secs et jaunes, les moustiques ne piquent plus, les machaons meurent et les martinets noirs se défenestrent.
Dans le monde vivant, il existe (à l’exception de certaines espèces désertiques, méditerranéennes ou encore des grandes profondeurs océaniques) une barrière physiologique entre 38°C et 40°C (due à la déformation des protéines) au-delà de laquelle la vie bascule. Les épisodes de canicules, d’autant plus s’ils sont répétés et couplés à de faibles précipitations, sont synonymes d’une hausse significative de la mortalité chez tous les êtres vivants.
En France, selon des estimations provisoires, l’augmentation de mortalité toute causes confondues observées dans les hôpitaux lors de la première canicule de juin est d’environ 30%, ce qui, à ce stade, correspond à la surmortalité de l’avifaune rapportée par les centres de soin de la ligue pour la protection des oiseaux.
Mode survie
Face à ces barrières physiologique et métabolique, les végétaux et les animaux tentent de modifier leurs comportements afin de survivre. Si certaines espèces terrestres peuvent migrer et s’adapter, d’autres n’en ont pas le temps et tendent à disparaître. Les plantes en état de stress hydrique favorisent la survie à la croissance en réduisant la photosynthèse (très fortement à partir de 35°C, elle s’arrête complètement à partir de 40°C) provoquant la perte des feuilles et des fruits de manière précipitée.
Les animaux endothermes (mammifères et oiseaux) s’efforcent de limiter leur activité, se nourrissent moins (baisse générale du métabolisme) et pratiquent une thermorégulation (transpiration, vasodilatation, halètement) afin d’éviter la surchauffe, autrement dit la fièvre. Les animaux ectothermes (dont la température intérieure dépend des conditions extérieures) tentent de trouver refuge aux endroits les plus frais et modifient leurs périodes d’activités, réduisant ainsi leur alimentation au risque de leur survie.
En ce qui concerne les espèces aquatiques, le réchauffement de l’eau conduit mécaniquement à la baisse de l’oxygène dissous et peut provoquer l’asphyxie.
Loin de ne constituer qu’une simple modification du paysage, l’effondrement de la biodiversité en Suisse constitue une forme d’autosabotage dans la lutte contre les changements climatiques. Ce que le néolibéralisme appelle les «services écosystémiques» (pollinisation par les insectes, fourniture en eau douce, rafraîchissement du climat local par la végétation, fertilisation des sols par la microfaune, protection contre les dangers naturels, etc.) sont profondément amoindris lorsque les écosystèmes deviennent dysfonctionnels. Quand bien même cette conception économiciste de l’environnement pose problème (difficulté d’évaluation, valorisation capitaliste insensée), l’on constate que les impacts sur de nombreuses activités humaines comme l’agriculture ou le traitement des eaux sont directs.
Mesures urgentes
Alors que le réchauffement mondial moyen atteint aujourd’hui 1,4°C par rapport à la période préindustrielle, il est environ deux fois plus important en Suisse et en Europe. Pendant que les partis bourgeois s’imaginent que la Suisse tire son épingle du jeu d‘un système globalisé où la capacité d’adaptation aux changements climatiques est largement fonction de la distribution du capital, la Suisse est en réalité atteinte de plein fouet et sa biodiversité est fortement menacée.
En plus de la réduction des émissions des gaz à effet de serre et des mesures écosocialistes de rupture, une série de mesures immédiates doivent être soutenues pour réduire les impacts des changements climatiques sur la biodiversité: la migration assistée d’espèces végétales, la restauration des zones humides, la généralisation des haies indigènes et biodiverses, la fin de l’élevage intensif qui appauvrit sol et ressources en eau, la réduction des prélèvements d’eau dans les nappes phréatiques et les rivières, l’agrandissement des surfaces de forêts, la création de nouveaux espaces naturels protégés, la végétalisation des villes, la désimperméabilisation des sols.
Car bien que le court terme ne soit pas, et n’ait jamais été une solution, il est, aujourd’hui, absolument nécessaire de coupler adaptation et rupture, c’est-à-dire protection immédiate contre les conséquences du réchauffement climatique et lutte contre ses causes.
Nicolas Hazi Léon Volet