Rösti veut nous faire rôtir
En ces périodes de canicules qui se multiplient et de réchauffement continu, une source d’émission thermique est passée sous silence par nos expert·es et autorités politiques: celle des centrales nucléaires.

Le fonctionnement d’une centrale nucléaire ressemble à celui d’une grosse marmite. La réaction atomique, les atomes d’uranium enrichi qui se désagrègent de manière contrôlée, émet de l’énergie essentiellement thermique. Celle-ci est récupérée par deux circuits d’échange (le primaire au cœur du réacteur, connecté à un circuit secondaire qui va actionner les turbines) et transforment la chaleur en vapeur (à une température d’environ 300°C), qui va entraîner des turbines. Ces équipements vont produire à la sortie de l’électricité.
Grosses pertes thermiques
Là où cela se gâte, c’est que le rendement énergétique, c’est-à-dire la proportion d’énergie obtenue sous forme d’électricité, n’est pas très élevé. Il tourne autour de 33% pour les centrales anciennes, comme celles qui sont actives en Suisse. Cela signifie que les deux tiers de l’énergie extraite de la matière fissile est perdue et évacuée sous forme de chaleur. Qu’il faut évacuer. Un refroidissement doit s’effectuer avec un circuit d’eau fraîche pompée d’une rivière. Après usage, celle-ci est déversée dans la source ou évacuée par une gigantesque tour de refroidissement. La chaleur «parasite» va ainsi réchauffer soit l’eau des rivières soit l’atmosphère. L’atteinte à la biodiversité des cours d’eau est donc à dénoncer.
Actuellement, l’ordonnance sur la protection des eaux (RS 814.20) limite la température de rejet à 30 degrés (avec dérogation à 33 degrés maximum) et le rechauffement maximal à 3 degrés. Dans le climat pro-nucléaire actuel, le risque est grand d’assister à une augmentation de ces limites, pour permettre le fonctionnement permanent des réacteurs.
Neutre en émissions de carbone?
Les partisan·es de l’énergie nucléaire qualifient celle-ci de production «décarbonée». Albert Rösti et consorts feignent d’ignorer la part d’émissions de gaz à effet de serre émis pour extraire le combustible, l’uranium naturel, son transport sur un long trajet qui mène ce minerai des mines vers des usines de traitement et d’enrichissement puis vers sa destination finale. Rappelons aussi qu’une partie du combustible est renouvelée tous les 12 à 18 mois.
L’extraction de minerai émet beaucoup de CO₂, car il faut de très grandes quantités de matière pour obtenir l’uranium naturel (U235), qui est fortement dilué dans la roche. On peut retenir un ordre de grandeur: pour obtenir un kilo d’uranium naturel, il faut extraire 1000 kilos de minerai. La filière est donc une industrie très extractiviste, avec tous les dommages à l’environnement et aux populations à proximité des mines que cela implique et à la dépendance à industrie majoritairement, voire totalement, tournée vers l’exportation.
Menaces sur les énergies renouvelables
En présentant le nucléaire comme une «option» nécessaire, le Conseiller fédéral Rösti jette un grand doute sur la possibilité d’abandonner les énergies fossiles, de produire l’énergie socialement nécessaire à partir de sources renouvelables (hydraulique, solaire, éolien principalement) et de s’engager dans une société moins gourmande et gaspilleuse d’énergie. Les moyens financiers et humains destinés à prolonger la vie du nucléaire seraient détournés des investissements indispensables pour réduire les conséquences des émissions de gaz à effet de serre.
De plus, des milliers d’emplois dans le secteur des énergies renouvelables seraient aussi menacés ces prochaines années, selon une étude commandée par la Fondation suisse de l’énergie et citée par le Blick (19.7.2026). La relance même formelle du nucléaire créerait une situation d’incertitude et freinerait de nouveaux projets.
Les centrales nucléaires sont bien plus complexes à construire et à faire fonctionner que des centrales thermiques à gaz ou au charbon. Cette complexité est illustrée par le retard de mise en service par EDF de sa centrale à Flamanville. Prévue pour 2013, c’est finalement en 2025 qu’elle sera plus ou moins opérationnelle. Douze ans de retard, et un surcoût estimé à 12 milliards d’euros. Cet exercice a aussi refroidi les ardeurs des compagnies helvétiques (AXPO, ALPIQ, BKW), qui ne partagent pas l’optimisme souriant de monsieur Rösti.
Pour un avenir sans nucléaire
De nombreuses modélisations et projections scientifiques sérieuses (issues de l’Office Fédéral de l’Energie ou de l’EPFZ) montrent que la Suisse peut couvrir facilement ses besoins en électricité à base de production renouvelable. Cela permet donc d’envisager un futur avec des scénarios de réduction de consommation en sortant des logiques financières et productivistes, dans une perspective écosocialiste.
Un référendum vient d’être lancé contre le vote des Chambres d’une loi fédérale permettant de construire de nouvelles centrales. Le signer et le faire signer massivement est aussi un acte important contre le réchauffement climatique en cours.
José Sanchez