Débrancher avant la catastrophe

Une Suisse à un million d’habitant·es? En proposant au Parlement de prolonger la durée de fonctionnement des centrales atomiques helvétiques jusqu’à 80 ans, le Conseil fédéral rend cet avenir tangible.

Un symbole nucléaire en forme de tête de mort est projeté sur la centrale nucléaire de Gösgen
Action de Greepeace sur la centrale nucléaire de Gösgen, dont la durée d’exploitation devrait être prolongée jusqu’à 80 ans selon Albert Rösti, 28 janvier 2026

Refusant de voir les périlleux dangers et les conséquences d’un accident sérieux sur un des sites atomiques, le gouvernement refuse aussi de tirer les leçons des trois accidents très graves qui se sont produits ces 50 dernières années: en 1979 sur le territoire étasunien à Three Mile Island, en 1986 à Tchernobyl (URSS) et en 2011 à Fukushima (Japon). Rappelons aussi qu’en janvier 1969, le réacteur expérimental de Lucens avait subi un accident (fusion du réacteur, explosion, fuites radioactives). 

Selon les calculs de probabilités établis par les architectes de ces installations, ces accidents n’auraient jamais dû se produire… Preuve que les principes de sécurité ne sont pas fiables, et que la meilleure prévention est le renoncement complet à ce type d’énergie. Surtout lorsqu’on connaît les conséquences dans un territoire exigu et urbain comme la Suisse, qui serait rendue presque totalement inhabitable par la contamination radioactive des sols, des eaux, de l’habitat pour une longue période. À Tchernobyl, l’explosion du réacteur et du bâtiment ont exposé le cœur en fusion à l’air libre. L’incendie a laissé échapper des nuages toxiques composés de particules hautement radioactives. Les vents les ont dispersés sur une partie du territoire européen. Les populations furent évacuées dans un rayon de 30km, zone toujours inahbitée

L’influence du conseiller fédéral UDC Albert Rösti dans le retour du nucléaire en suisse a été déterminante. Partisan convaincu du l’énergie atomique, il mène un travail continu pour la réhabiliter et la défendre, plus pour des raisons idéologiques qu’énergétiques. Ce soutien au maintien du nucléaire lui permet de présenter le PSS et les mouvements climatiques comme des idiots irresponsables, détachés des réalités. Une vue libérale aussi de la responsabilité civile, une confiance absolue est attribuée aux exploitants et à leurs appréciations sur les dangers.

C’est aussi un détournement de la votation populaire de 2017, qui avait refusé un avenir nucléaire dans le territoire et acté la mise hors service des installations existantes, en prévoyant une réduction de la consommation et une promotion des renouvelables.

Conçues à l’origine pour fonctionner une trentaine d’années, les centrales suisses pourraient donc tourner durant 80 ans, génie helvétique oblige. C’est un pari périlleux. Les exemples des grands accidents montrent que les émissions radioactives sont inarrêtables et les contaminations durables. Les populations touchées ne peuvent trouver leur salut que dans la fuite.

La culture du secret et du déni a été à chaque fois observée durant ces catastrophes majeures.

À l’heure où il est de bon ton dans les milieux politiques de s’alarmer sur les «risques»et les «menaces»de type militaire et de voter des crédits faramineux pour des systèmes de défense armée, le «bon sens» et une politique de prévention voudraient que le risque d’un accident nucléaire soit ramené à zéro en débranchant définitivement ces machines infernales.

José Sanchez