Contre le G8, le contre-sommet de l’espoir

En juin 2003, une coalition de mouvements sociaux et partis politiques organisait un contre-sommet et une mobilisation historique sur les bords du lac Léman en opposition au sommet des dirigeants des pays les plus riches de la planète qui se réunissaient à Évian-les-Bains: le G8. 

Le succès de cette mobilisation a été le fruit d’une longue activité de mobilisation du mouvement altermondialiste. 

Manifestation contre le sommet du G8 d’Evian en 2003
La grande manifestation contre le sommet du G8 d’Évian, Genève, 1er juin 2003

Quand la ville d’Évian est désignée par la France pour accueillir le sommet du G8, dès l’automne 2002, une coordination se met en place à Paris. À Genève, la contestation sera organisée par le Forum Social Lémanique (FSL), coalition créée dans la foulée des Forums Sociaux Mondiaux. Le FSL était constitué des syndicats SSP, Uniterre, SUD et UNIA, des partis solidaritéS, les Vert·es, le POP et d’ONG comme le CETIM, entre autres.

Le Collectif de Haute Savoie de Résistance au G8 (CHARG8) se créé en France voisine. Plus tard, un Comité non G8 sera monté à Lausanne. 

La mobilisation se décline en trois axes: le Sommet pour un autre monde, les villages alternatifs et une grande manifestation.

Le Sommet pour un autre monde se tient du 29 au 31 mai. Pendant trois jours, plus de 90 conférences et ateliers ont eu lieu, d’Annemasse à Paris, de Genève à Lausanne. La plupart de ces activités ont fait salle comble. La décentralisation a permis à chaque organisation de prendre en charge les ateliers qu’elle proposait. Le partage et la mutualisation des expériences et des luttes étaient très importants.

Les Villages:
les pieds dans la terre,
la tête dans les étoiles 

Côté France, derrière l’aérodrome d’Annemasse, seront installés les villages alternatifs: Le VIG (Village intergalactique), le VAAAG (Village alternatif anticapitaliste et anti–guerre), porté par des réseaux libertaires et anarchistes et le village féministe non-mixte, le «point G». Chaque Village était composé d’une myriade de collectifs affinitaires, mais tissaient des liens avec la population. Le VIG a par exemple été investi par plus de 5000 participant·es sur les cinq jours, venu·es notamment d’Allemagne et d’Italie.

Le village féministe Point G a soulevé deux questions importantes : Quelle place accorder à la thématique «femmes et mondialisation» et comment combattre les pratiques antisexistes de certains militants.

De côté Suisse, le site de la Bourdonnette, le «Oulala village» sur les plages du lac à Lausanne et le centre sportif du Bout-du-Monde à Genève deviennent de vastes campings où l’on expériemente l’auto-gestion et l’auto-organisation «éco-responsable». En somme, mettre en œuvre «ici et maintenant» des pratiques en rupture avec les rapports marchands et oppressifs.   

Les blocages 

L’une des tâches des Villages est la préparation des actions de blocage des «grands de ce monde». Plusieurs barrages sont prévus, à Annemasse, Genève et Lausanne. Chacun est négocié entre une Coordination interfrontières et la police. 

À Genève, le pont des Bergues, et le pont du Mont Blanc seront bloqués dès l’aube du dimanche 1er juin. Un peu plus tard le «black block» érige des barricades sur le pont de la Coulouvrenière. Si, au bout du lac, ces blocages se déroulent relativement calmement, du côté de Lausanne, ces actions donnent lieu à des affrontements avec la police. Mais les manifestant·es réussissent tout de même, en différents points, à bloquer le passage des délégations officielles du G8. Sur le barrage à la hauteur d’Aubonne sur l’autoroute Genève-Lausanne, un manifestant survivra miraculeusement à l’action inconsidérée de la police.

Une manifestation historique

La grande manifestation unitaire «contre le G8 illégal» se met en marche le dimanche dès 10h des deux côtés de la frontière. 50000 manifestant·es côté genevois et 70000 côté français vont converger vers la douane. C’était la manifestation la plus massive de l’histoire de la région. Une réussite malgré le climat de peur alimenté par les médias et quelques actions de vandalisme dans la ville. Une étape de plus dans la construction du mouvement altermondialiste, cadre de la contestation internationale en marche. 

De 2003, les médias ont seulement retenu la casse de quelques vitrines et monté en épingle des actions qui ont eu lieu en dehors des grandes mobilisations. Pour nous, militante·s, cette mobilisation a été une expérience massive, féministe et écologiste, riche en événements et réflexions, imaginative dans les formes de résistance et d’organisation. Nous étions à l’offensive!  

Toute une génération politique est née dans ces mobilisations. Des réseaux affinitaires se sont constitués, des luttes transversales se sont coordonnées, les expériences de résistance, de luttes et d’organisation ont nourri les luttes postérieures

Nous dévons récupérer la mémoire collective de notre action. C’est un pas dans le chemin de la résistance.

Juan Tortosa