Un autre monde…ou la barbarie

La mobilisation à l’occasion du sommet du G7 à Évian donne le prétexte à une rétrospection. Depuis le sommet du G8 de 2003, le monde sous le capitalisme et les mouvements de résistance ont connus des changements profonds.

Les dirigeants du G7 alignés ressemblent à une tête de mort

 «Un autre monde est possible!» Si ce slogan phare du grand mouvement altermondialiste du début du siècle (lire l’entretien avec Annick Coupé dans ce numéro) n’a pas perdu sa pertinence, il résonne bien différemment aujourd’hui. 

En Suisse, la mobilisation à l’occasion du sommet du G7 à Évian donne le prétexte à une rétrospection. 

Du côté des gouvernements et de la presse mainstream, celle-ci sert à décrédibiliser encore les mobilisations historiques contre le G8 de 2003, qui s’inséraient dans le cadre de la contestation altermondialiste qui se développait à l’échelle internationale. 

Du nôtre, ce rappel est une occasion de penser les bouleversements qu’ont connu depuis, à la fois le monde sous le capitalisme et les mouvements progressistes et de résistance à l’échelle mondiale.

Depuis 20 ans, la destruction néolibérale s’est renforcée. La crise de 2008 a été suivie d’une nouvelle stratégie du choc pour faire exploser les inégalités entre pays et à l’intérieur de ceux-ci.

Sur le plan climatique, les catastrophes s’enchaînent et les belles promesses de l’Accord de Paris de 2015 de maintenir la hausse des températures «bien au-dessous de 2°C» semblent désormais inatteignables, dès lors que la préoccupation des dirigeant·es attendu·es à Évian est de rouvrir les vannes de pétrole. 

Pour reprendre le titre d’un ouvrage d’Ugo Palheta, interviewé dans ce numéro, jamais la «possibilité du fascisme» n’a été si tangible depuis son itération historique. L’explosion des budgets militaires et des investissements dans l’intelligence artificielle hallucine un bien sinistre «autre monde»…

Mais face à ce sombre bilan, nous pouvons opposer quelques perspectives plus réjouissantes. On pense notamment au renouvellement des mobilisations féministes qui traversent la planète depuis une petite décennie. 

Les grandes marches pour le climat de 2018–2019, qui sont encore dans toutes les mémoires, ont politisé une partie de la génération des millenials. 

Le génocide à Gaza et le laisser-faire, voire la complicité, des gouvernements occidentaux ont fait descendre une nouvelle génération dans la rue, la reliant à une lutte anti–impérialiste historique et bravant une opposition d’autant plus brutale qu’elle n’a aucun argument sensé pour défendre ses crimes contre l’humanité.

Plus récemment, l’arrogance et la toute-puissance de Donald Trump dans sa politique raciste et anti-migratoire ont été mises en échec par les mobilisations citoyennes massives du mouvement No Kings

Face au monde impossible que façonnent les puissant·es, une nouvelle génération militante se lève, descend dans la rue et participe à la construction de mouvements – dont solidaritéS.

Si ce foisonnement est rafraîchissant, il n’est pas dénué d’écueils, tant, d’une part, les choix politiques disponibles et relayés sur les réseaux sont vastes et d’autre part, la méfiance envers les partis politiques constitués reste grande – et en grande partie justifiée.

Pour ne prendre qu’un exemple, le fantôme du «campisme» (en gros, le fait d’interpréter les tensions géopolitiques comme découlant du seul impérialisme étasunien), que nous pensions confiné dans les poubelles de l’histoire, revient hanter nos réunions et entraver les fronts larges que nous cherchons à construire. 

Face à ces écueils, il nous semble nécessaire, encore et toujours, de poursuivre notre «analyse concrète d’une situation concrète», pour pouvoir dégager les ouvertures propices à l’émancipation. 

C’est l’objectif de ce numéro spécial.  Bonne lecture et bonne manif!

La rédaction