Uni·exs contre l’austérité
Après 10 années marquées par des dégradations des services publics et une précarisation grandissante d’une partie de la population, syndicats, associations et partis de gauche ont créé une nouvelle coalition contre l’austérité. Une grande manifestation populaire prévue le 14 novembre pourrait relancer un mouvement qui peinait à créer un rapport de force suffisant face au Conseil d’État.

Qu’est-ce qui relie un cinéma indépendant, une violoncelliste de l’Orchestre de la Suisse Romande, une structure d’aide aux victimes de violences conjugales et un enseignant du secondaire II? Toutes et tous sont touché·es par le projet de budget 2027 du canton de Genève.
Avec 4% de baisses linéaires pour la plupart des associations, le Conseil d’État a réussi à se mettre à dos le réseau femme, la fédération du réseau artistique et culturel ou encore la coordination asile. Un plan d’économie drastique auquel il convient d’ajouter des baisses de prestations pour les personnes au bénéfice de l’aide sociale, des prestations complémentaires et des subsides d’assurance maladie, tout en augmentant les taxes d’études universitaires. Le combo parfait étant atteint avec la non-indexation des salaires des fonctionnaires et le retrait de deux jours de vacances dès 2027.
De l’autre côté de la barricade, la fonction publique genevoise a multiplié les jours de grève depuis une année pour stopper la broyeuse libérale. Avec un entrain mesuré, le Cartel intersyndical a essayé maintes fois d’enclencher une dynamique permettant de mettre en place un rapport de force. À défaut de grands soirs, nous nous sommes donné le droit de recommencer.
Une coalition large
Tirant les leçons d’une fin d’été difficile en termes de mobilisations, le Cartel et la Communauté Genevoise d’Action Syndicale (CGAS) ont lancé un appel large à l’ensemble de la gauche sociale et politique. Rapidement, une équipe de militant·es syndicaux et associatif·ves y a répondu et multiplié les contacts avec nos partenaires.
Après de nombreuses assemblées peu suivies, celles-ci se sont enfin remplies de personnes déterminées et la bien nommée «coalition contre l’austérité» a vu le jour. Forte d’une quarantaine d’entités, elle parvient à faire le pont dans l’action commune (des traditionnels tractages) entre l’association 50 et plus (qui défend l’insertion professionnelle de cette catégorie d’âge) et les scouts genevois·es. Un cocktail hétérogène qui permet d’élargir le pool de personnes mobilisables et qui impose aussi l’apprentissage du travail collectif.
Cette nouvelle alliance signifie également un changement de type de mobilisation. Pour permettre à toutes les personnes de participer, la coalition a décidé d’organiser une grande manifestation un samedi, le 14 novembre prochain. Porté·es par un vent d’ouest qui nous montre la voie de la contestation et les conséquences du délaissement des services publics, nous avons cette fois-ci toutes les clés en main pour renverser la table, à défaut d’y être convié·es pour négocier.
Guillaume Thion
Syndicalistes ou usager·es?
Invité à participer à un débat organisé par l’Association de Défense des Chômeurs (ADC), je me suis récemment fait invectiver par une personne qui bénéficie des prestations d’aide sociale.
Déléguée syndicale dans l’institution qui lui octroie ces dites prestations, elle m’a reproché la défense immodérée par les syndicats de leurs propres conditions de travail alors qu’ils devraient également penser aux personnes qu’ils accompagnent et dont la situation est bien plus pénible. Et ce n’est pas la première fois que ce type de remarque surgit entre bénéficiaires et employé·es de la fonction publique qui militent au niveau syndical – nous invitant ainsi à prendre au sérieux ces interpellations et à y réfléchir.
Alors que les services publics sont eux-mêmes pris dans les logiques capitalistes de consommateur·ices/vendeur·ses, le syndicalisme, dans cette branche, ne peut faire l’économie d’un travail conjoint entre usager·es et salarié·es. Casser cette logique revient aussi à redéfinir le service public comme un possible bien commun, en dehors de la doxa libérale. C’est remettre de la démocratie dans nos institutions pour que les ayants droit, quel que soit leur genre, leurs origines ou leurs conditions d’existence, puissent coconstruire avec le personnel de terrain des services correspondant à leurs besoins.
En s’ouvrant ces dernières années aux questions féministes et écologistes, les syndicats SIT et SSP ont démontrés leurs capacités – ou tout du moins leur volonté – à sortir de leurs ornières. Et si la coalition contre l’austérité n’incarne pas encore pleinement cet horizon souhaité, la volonté partagée d’y inclure notamment les bénéficiaires constitue un pas dans la bonne direction et augure un bel hiver de luttes! GT