TVA

D’autres solutions existent pour financer la 13e rente AVS

La hausse de la TVA se justifie-t-elle? Y a-t-il urgence à financer la 13e rente AVS? Pourquoi les grands partis bourgeois (PLR et UDC) rejettent-ils cette hausse après l’avoir votée au Parlement? Les syndicats de l’Union Syndicale Suisse (USS) ne sont pas unanimes, le syndicat des services publics (SSP) appelle à voter non.

Formation du PLR contre la hausse de la TVA
En appelant à refuser la solution qu’elle a votée au parlement, la droite doit verser des larmes de crocodile et dénoncer (à juste titre) l’«impôt injuste» qu’est la TVA. Formation sur la 13e Rente en marge de l’assemblée des délégué·es du PLR.
FDP

Le président de l’USS, Pierre-Yves Maillard, déclarait en janvier 2024, juste avant la votation fédérale: «L’AVS a la plus grande fortune de son histoire, donc aucune dette. Pour les années à venir, les chiffres permettent d’introduire la 13e rente sans financement supplémentaire». Voilà qui était très clair. Pourquoi accepter aujourd’hui ce que nous refusions hier?

L’arrogance des perdant·es

Le camp bourgeois n’a toujours pas digéré sa défaite de mars 2024, lorsque le peuple a accepté la 13e rente AVS. Sa mauvaise humeur s’est d’abord manifestée en reportant le plus possible son versement. Voilà qui en dit long sur le respect de la démocratie et du vote populaire par la droite. Puis ce fut le refus de tout financement avec des cotisations paritaires (comme pour les 12 autres rentes), soit complètement, soit même partiellement. Un classique «compromis helvétique» un temps envisagé (financement par la TVA et par des cotisations) vola en éclats et, sans éclat, le Parlement a finalement voté une hausse pure et simple de la TVA de 0,4%.

Cette volonté intransigeante tranche avec l’attitude des dirigeant·es syndicaux·ales. Aucune mobilisation d’envergure n’a été organisée pour appuyer un financement paritaire. Les manœuvres en coulisses ont rapidement buté contre le mur du bloc bourgeois.

Le dogme libéral a encore été rappelé récemment par l’Union patronale suisse: «l’essentiel c’est qu’il n’y ait pas de hausses des cotisations salariales» (NZZ, 22.08.2026). Les «partenaires sociaux» défendent avec acharnement tout refus de financer avec leurs profits des améliorations sociales. Ne pas verser un seul centime par principe.

Finalement la droite s’y oppose aussi

Le comble de la mauvaise foi se traduit maintenant par les consignes de vote démagogiques et populistes du PLR et de l’UDC, contraires à leur propre décision au Parlement sous prétexte de «défendre le pouvoir d’achat». Pour augmenter les dépenses de l’armée, la hausse de la TVA est envisageable pour eux. En revanche pour la 13e rente AVS, ces partis parlent de «faire des économies» et «réviser le passage à la retraite». Car derrière ce refus de financement (de façon paritaire ou par la TVA), se cache évidemment leur objectif politique: l’augmentation de l’âge de la retraite, plus facile à atteindre si partout se répand le mythe que «l’AVS va mal». 

Le dogme libéral ne peut tolérer un système de sécurité sociale basé sur la solidarité et la redistribution, même très imparfait comme l’AVS en Suisse. La rente maximale mensuelle est de 2520 francs, pas de quoi devenir millionnaire!

Il est en effet curieux de voir comment, aujourd’hui, l’USS présente la situation. Non seulement la promesse initiale de défendre une légère augmentation des cotisations est totalement oubliée. Et il conviendrait d’accepter ce que hier on refusait.

L’USS minimise les effets de la hausse de la TVA. Pourtant pour les classes populaires, cette hausse viendra s’ajouter à celle des loyers, des primes d’assurance-maladie, des transports, alors que les salaires réels stagnent, voire diminuent du fait de l’inflation. Surtout, cette hausse s’inscrit dans une tendance claire: la TVA a augmenté de 25% depuis son introduction en 1995, alors que les impôts sur les bénéfices et les hauts revenus sont à la baisse. Voilà une dynamique qu’il s’agit aussi de casser le 29 novembre.

Un non pour construire une large mobilisation

Défendre un refus de la hausse de la TVA pour financer la 13e rente est aussi exprimer un refus de toute péjoration future. Un non solidaire de gauche sera un carton jaune adressé au bloc patronal et bourgeois.

Ce sera aussi un message aux milieux populaires. Pour défendre l’AVS et son amélioration, il faudra se battre et refuser les concessions, qui ne sont en aucun cas un moyen «efficace» pour éviter les futures péjorations.

Un refus ne ferait que renvoyer l’ascenseur aux Chambres fédérales et serait un signal clair du refus d’un compromis inacceptable.

Mais un signal ne suffira certainement pas. De nouvelles mobilisations doivent être organisées très largement pour infléchir la volonté patronale. Des pressions qui ont été totalement absentes durant les sessions des chambres.

Nous voulons le même financement pour la 13e rente que pour les douze autres.

Un non le 29 novembre enverrait aussi un signal d’avertissement contre toute proposition d’augmentation de l’âge de la retraite. Les concessions, du type de l’augmentation de la TVA, sont des signes de faiblesse, qui nous affaibliront encore davantage et qui alimenteront encore la détermination du camp patronal.

José Sanchez