État espagnol

Huelga general pour un logement sans vautours

Face à la crise du logement, la colère gronde dans un très large éventail de la population espagnole. Une grève générale se prépare pour le 11 novembre. Dans ce contexte, le gouvernement de Pedro Sánchez est mis en difficulté sur sa droite comme sur sa gauche, tout en visant sa réélection à la fin du mois. 

Rassemblement en faveur d’une grève générale contre la spéculation immobilière, Madrid, 1er octobre 2026
Rassemblement en faveur d’une grève générale contre la spéculation immobilière, Madrid, 1er octobre 2026

Depuis plusieurs mois, l’État espagnol vit une explosion de mobilisations sociales et populaires sur la question du logement. Depuis l’expulsion forcée de Mari­carmen, figure de la lutte pour le droit au logement, le mécontentement de la population ne cesse de grandir. Près d’un million de manifestant·exs dans les rues, plus de 30 villes mobilisées, des centaines d’assemblées dans les quartiers, 1300 tentes sur la Puerta del Sol à Madrid. La vivienda (le logement) s’est invitée dans tous les débats télé.

Le décès de Maricarmen quelques jours après son expulsion, renforce la colère sociale poussant le gouvernement de Pedro Sánchez à proposer deux décrets sur le logement, mis en déroute par la droite. Face à cet échec, le gouvernement central qui prétend organiser un «référendum pour le logement», convoque des élections générales. Alors que tout le monde faisait l’autruche sur le sujet, il est désormais au programme de tous les partis politiques, en un seul mot: vivienda.

Un logement en crise depuis des années

Pourtant, la crise du logement n’est pas nouvelle dans l’État espagnol, pas plus que les mobilisations qui en dénoncent les conséquences. Depuis la crise financière mondiale de 2008, les prix hypothécaires explosent et le marché locatif se développe avec, à sa tête, des fonds d’investissement spéculatifs, les fameux fonds vautours. 

Les catégories particulièrement précarisées de la population, notamment les jeunes, les personnes migrantes, les femmes seules, n’ont d’autre choix que d’être locataires. Tandis que les propriétaires privés et les entreprises font le choix d’augmenter leur prix dans un marché libre de contraintes. À cela s’ajoutent les 4 millions de logements vides ainsi que les près de 400000 logements touristiques sur tout le territoire, dont près de 40000 aux Canaries. 

Rapidement, la question du logement sous toutes ses facettes se trouve au centre d’une problématique bien plus large: l’échec de tout un système néolibéral face auquel le gouvernement progressiste en place n’a démontré que complaisance et apathie.

Gouvernement progressiste et désenchantement

Depuis plusieurs mois, le gouvernement de Pedro Sánchez est mis en difficulté: des cas de corruption importants concernant l’entourage du président, la crise de Ceuta, puis l’explosion de la crise du logement. La mise en échec des décrets Maricarmen par la droite et l’extrême droite force Sánchez à convoquer des élections générales et le PSOE tente maintenant de se faire le porte-voix des mouvements sociaux. Mais ceux-ci ne sont pas dupes: depuis des années, les syndicats et organisations alertent sur la dégradation du logement dans l’État espagnol et organisent des mobilisations massives. 

Le gouvernement a fait preuve d’un laisser-faire révoltant, ouvrant grand la porte aux fonds vautours et aux multinationales locatives. Si la ley de vivienda actuelle, issue du gouvernement progressiste PSOE-Podemos (2023), représentait une avancée législative, elle est aussi le dernier acte notoire de leur part à ce propos. 

Le mouvement suit son propre agenda politique et dénonce non seulement l’(in)action du gouvernement central, mais aussi celle des exécutifs locaux et régionaux, avec pour prochain objectif la grève générale. 

Vers la grève générale le 11 novembre

Le jour même du décès de Maricarmen, les syndicats convoquaient la grève générale contre la crise du logement. Portée par le syndicat des locataires et convoquée par l’ensemble des organisations syndicales majoritaires et régionales, celle-ci s’annonce massive. 

L’idée d’une grève générale pour le logement est ambitieuse, mais ce n’est pas une première dans l’État espagnol. Ce type de grève a déjà fait ses preuves avec des victoires allant de rénovations d’immeubles à des baisses de loyer en passant par de nouvelles régulations du marché, sur le territoire espagnol mais également en Italie, aux États-Unis ou encore en Écosse. 

Pour mener à bien la grève, depuis des semaines, des centaines d’assemblées ouvertes sont organisées sur tout le territoire. La stratégie du syndicat des locataires est simple: travailler dans les quartiers et en périphérie. 

Le carnet de revendications déploie six points, parmi lesquels la fin de la spéculation, la baisse des prix ou encore la défense d’un parc public du logement payé par les plus riches. L’objectif: ne pas s’adresser exclusivement au public de l’hypercentre et mobiliser les quartiers plus populaires, mais aussi les plus abstentionnistes. 

Les élections générales ne sont pas un objectif en soi du mouvement, mais cette toile de fond anime encore plus la mobilisation. Sans attentes face au dénouement électoral, le syndicat des locataires sait qu’il doit poursuivre son combat, gobierne quien gobierne – quel que soit le résultat. 

Carmen