Défendre la neutralité de la Suisse?

Il est rare de voir des panneaux de votations afficher «Pas de guerre». Faut-il alors adhérer au titre de l’initiative soumise au vote le 27 septembre, «Oui à la neutralité»? En Suisse, certains mythes sont savamment et longuement entretenus parmi tous les bords politiques. De l’extrême droite à la gauche rose-verte.

Christoph Blocher donne un discours en faveur de l’Initiative sur la neutralité
Christoph Blocher se bat pour l’Initiative sur la neutralité qu’il a contribué à lancer. Assemblée des délégué·es de l’UDC, 22 août 2026

Que l’UDC s’accroche au mythe de la «neutralité armée» mentionnée dans la Constitution fédérale (article 173, al. 1, let. a) n’est pas très étonnant, car ce concept est l’un des fondements de la réussite du capitalisme helvétique. 

L’initiative «Oui à la neutralité» continue d’entretenir cette vision, car autant les partisan·es que les opposant·es se revendiquent de la «neutralité»

Cette notion politique est étroitement associée à la prospérité économique et au succès du modèle économique suisse. Il faut donc s’interroger sur ce que recouvre cette «neutralité» d’une manière plus globale et plus fondamentale.

Proclamer la neutralité armée pour s’ouvrir des marchés

Un pays impérialiste, participant de longue date à l’exploitation de la force de travail et au pillage des ressources naturelles d’autres pays, étendant son emprise économique et financière sur la majorité de la planète peut-il être considéré comme «neutre»? Car l’impérialisme n’est pas qu’une affaire militaire, c’est aussi une forme de domination économique.

En effet, la Suisse agit activement dans l’organisation et la stabilité d’un ordre mondial capitaliste, à une échelle significative. Elle profite de l’extension des marchés pour ses propres multinationales et accueille de grandes compagnies mondiales de négoce de matières premières dont elle profite des résultats. 

Les activités du groupe Nestlé, par exemple, pénètrent profondément l’économie, la société et la politique des pays où elles se développent. L’intervention du SECO auprès de l’OMC contre une loi sur la santé publique au Mexique relayait ainsi les préoccupations de Nestlé. D’autres grands groupes sont parmi les leaders mondiaux de secteurs économiques aussi divers que la cimenterie, la chimie, la pharma, la finance, les machines, l’alimentation. L’ensemble de ces activités détermine les conditions de vie (ou de survie!) de nombreuses populations.

La place financière suisse et le secteur du négoce des matières premières ne sont pas non plus «neutres» vis-à-vis des destructions de l’environnement et de l’augmentation de l’usage des énergies fossiles, responsables du réchauffement climatique.

C’est justement parce que cette «neutralité» a contribué substantiellement à l’essor du capitalisme suisse, en lui donnant une dimension impérialiste sans commune mesure avec la taille du pays, que les partis bourgeois la considèrent comme une notion essentielle à défendre.

En conclusion, il paraît difficile d’accoler une quelconque neutralité à la Suisse, même si elle est absente des conflits armés. Malgré ça, il en reste pour dire que faire des affaires, c’est une action pacifique, même avec les pires dictatures! 

Prospérité pour qui?

Accueillir l’argent du pillage de la nature, de l’exploitation du travail et de la corruption endémique à l’échelle planétaire, voilà qui illustre comment est appliqué l’article 54 de la Constitution, disant que «La Confédération s’attache à préserver l’indépendance et la prospérité de la Suisse». Cette définition occulte surtout son caractère de classe, car l’accumulation des richesses est accaparée par les capitalistes, principaux bénéficiaires de cette «neutralité» et de cette prospérité.

L’UDC réaffirme son opposition aux alliances militaires, ce qui justifie pour elle une neutralité armée, et par conséquent une justification de l’augmentation des crédits militaires et des moyens de défense! Rester hors de l’OTAN et augmenter les dépenses de l’armée est cohérent pour l’UDC.

Plutôt que de réfléchir en termes de blocs militaires, il faut refuser les crédits militaires dans leur ensemble pour les attribuer aux besoins sociaux et environnementaux. Combattre les menaces d’appauvrissement, de précarité et de réchauffement climatique est d’un point de vue écosocialiste une stratégie plus cohérente que de courir après des concepts construits historiquement par les forces bourgeoises.

Solidarité internationale au lieu de «neutralité»

La pression pour s’aligner sur les grandes puissances occidentales pousse une partie de la classe politique suisse à adapter de nouvelles positions, comme la présence de la Suisse au Conseil de sécurité de l’ONU, ou l’application formelle de sanctions décidées par l’UE.

Loin de ces calculs et arrangements diplomatiques, nous sommes favorables à toutes les pressions (et donc les sanctions contre des dirigeant·es criminel·les) et toutes les prises de position allant dans le sens de la justice sociale, de l’expropriation des grandes fortunes issues de la spoliation des peuples ou des responsables de guerres et de crimes contre l’humanité, en rompant avec l’ordre et les désordres établis. 

Rester «neutre», fermer les yeux sur les exactions et les destructions guerrières, économiques, environnementales et sociales revient à rester complice d’un système mondial profondément injuste.

Sortons de la neutralité, en nous engageant activement pour un avenir sans oppression ni exploitation, et cessons d’alimenter un mythe trompeur.

Non à l’initiative trompeuse, non aux dépenses d’armement!

Oui à la solidarité des peuples!

José Sanchez