Royaume-Uni
Le parti travailliste s’enfonce dans la crise
Les récentes élections en Grande-Bretagne ont porté un coup terrible au Parti travailliste au pouvoir, qui a perdu 1229 conseiller·es municipaux·ales en Angleterre, est arrivé en troisième position aux élections du parlement gallois et a encore perdu du terrain lors des élections législatives écossaises. La pression s’intensifie pour que le Premier ministre Keir Starmer démissionne.

Les élections du 7 mai ont constitué le premier test majeur pour le gouvernement travailliste, élu en 2024 avec une large majorité parlementaire après l’effondrement du gouvernement conservateur, qui avait enchaîné scandales et crises internes. Comme prévu, le chef du Parti travailliste, Keir Starmer, a poursuivi les mêmes politiques d’austérité que les conservateurs, ainsi que les politiques et le discours anti-immigré·es.
Reform UK, le parti d’extrême droite dirigé par Nigel Farage, figure de proue du Brexit, a obtenu d’excellents résultats, notamment dans le nord de l’Angleterre. Créé il y a seulement trois ans, ce parti se concentre sur des politiques anti-immigration. Dans le contexte actuel, il remporterait probablement les prochaines élections législatives, peut-être en coalition avec les conservateurs – qui ont eux aussi essuyé une lourde défaite lors de ces élections.
La note positive a été le succès du Parti vert d’Angleterre et du Pays de Galles, qui a lui aussi progressé le 7 mai. Son nouveau dirigeant, Zack Polanski, prône des politiques de gauche sans concession pour lutter contre les inégalités et la baisse du niveau de vie. Le nombre de ses adhérents a explosé et il occupe désormais largement l’espace politique à gauche du Parti travailliste. Cela s’explique en partie par le fait que le Your Party, lancé entre autres par Jeremy Corbyn et qui avait suscité de grands espoirs lors de son lancement il y a moins d’un an, a été anéanti par de sombres manigances bureaucratiques.
Fin du bipartisme
Après plus d’un siècle d’un système essentiellement bipartisan, le Royaume-Uni s’oriente de plus en plus vers le multipartisme. Des partis indépendantistes sont à la tête des gouvernements au Pays de Galles et en Écosse, tandis qu’un nombre croissant de circonscriptions en Angleterre ont voté pour l’extrême droite ou le Parti vert.
Ces résultats ont plongé le gouvernement britannique dans la tourmente. Le Premier ministre Keir Starmer fait face à une hostilité sans précédent de la part de l’opinion publique. Au moins 20% des député·es travaillistes ont déclaré qu’il devrait démissionner. Le 14 mai, Andy Burnham, le très populaire maire du Grand Manchester, se présente comme candidat travailliste à une élection partielle provoquée spécialement pour lui permettre de devenir député, condition préalable pour pouvoir défier Starmer. Burnham a soutenu la guerre en Irak, est un membre éminent des Amis travaillistes d’Israël et s’est opposé à la candidature de Corbyn à la direction du Parti travailliste.
Le fait que Burnham incarne désormais l’espoir de la gauche travailliste – voire du Parti travailliste tout entier – témoigne de la faiblesse de la gauche au sein du Parti travailliste – et peut-être même au-delà.
Simon Hannah Terry Conway