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Avant Grandson et Morat, le massacre des Vaudois·es
Cette année, les villes de Grandson et de Morat célèbrent le 550e anniversaire des victoires des armées de la Confédération sur Charles le Téméraire, duc de Bourgogne, dans le cadre des «guerres de Bourgogne» (1474–1477).

Au 19e siècle déjà, les commémorations de ces batailles avaient servi à célébrer une Suisse unie contre l’envahisseur. De fait, les Confédérés ont surtout aidé le roi de France Louis XI à déjouer l’ambition du duc de Bourgogne de constituer un État indépendant entre la France et l’Allemagne. Et la Suisse romande n’existait pas à l’époque…
En 1475, Bernois, Fribourgeois et Soleurois (les Confédérés donc) avaient envahi le Pays de Vaud, possession de la Savoie (alliée de la Bourgogne). Seize villes et 43 châteaux furent pris ou livrés aux flammes au cours de ces opérations d’une brutalité peu commune. Début mai 1475, la garnison du château d’Orbe fut massacrée ; le 23 octobre, 31 des 150 défenseurs du château des Clées furent emmenés à Orbe pour y être décapités le lendemain. Quelques jours plus tard, la population d’Estavayer fut trucidée ou noyée dans le lac de Neuchâtel.
Un tableau qui remet en cause l’«unité de destin» des populations vivant sur le territoire suisse actuel…
En mars 1476, la Diète (proto–gouvernement confédéral) modifia officiellement les règles de la guerre. Pas de prisonniers pendant la bataille, élimination du plus grand nombre de soldats ennemis. Ainsi, lors de la bataille de Morat de cette année-là, 10000 soldats bourguignons périrent, alors que les pertes suisses furent inférieures à 600 hommes. Ce qui forgea la réputation des combattants «suisses» qui deviendront un juteux produit d’exportation.
Hans-Peter Renk