Belgique
Face au gouvernement De Wever, la colère sociale cherche sa stratégie
Depuis une année, le gouvernement belge multiplie les attaques antisociales, réactionnaires et répressives. Mais les résistances s’organisent dans les rues et au-delà, pour des convergences anti-austéritaires, internationalistes et féministes.

Le gouvernement fédéral belge dit «Arizona» (car les couleurs du drapeau de cet État étasunien sont les mêmes que celles des partis de la coalition) est en place depuis un an. Il est constitué autour d’un axe constitué par la N-VA du premier ministre De Wever (droite nationaliste flamande) et MR (parti historiquement libéral que son dirigeant Bouchez fait virer à droite de la droite), ainsi que de formations de centre-droit telles que Les Engagés, Vooruit et le CD&V qui gardent encore des liens avec la bureaucratie du mouvement ouvrier (syndicats et mutuelles) utiles pour neutraliser celle-ci. Ce gouvernement mène une offensive de classe résolue contre les travailleur·ses, les migrant·es, les femmes, les jeunes et l’ensemble de celles et ceux qui dépendent des services publics et de la sécurité sociale.
Un catalogue des horreurs
Les attaques sont frontales et s’enchainent par dizaines. Les mesures telles que le «malus pension» vont faire encore baisser les pensions, en particulier pour les femmes. Sur le chômage, le gouvernement exclut près de 200000 personnes des allocations en limitant drastiquement celles-ci dans le temps, avec trois conséquences prévisibles: une hausse de la pauvreté, une crise des finances publiques municipales (qui devront en partie compenser) et une thérapie de choc pour discipliner l’ensemble du salariat. Les travailleur·ses malades vont également voir la pression accrue sur leurs épaules au risque de perdre leur allocation.
Au-delà, le blocage des salaires continue et la casse du code du travail est amplifiée, par exemple sur le travail de nuit, la protection contre le licenciement, les heures supplémentaires… Des piliers de la Sécurité sociale sont soumis à un tir de barrage.
Derrière ces mesures et leur prétexte de «lutte contre la dette publique» (qui continue à augmenter), il y a une cohérence: briser les résistances et poursuivre le transfert de richesses vers le capital dans une économie belge très exposée à l’instabilité globale.
Cette politique antisociale va de pair avec un virage réactionnaire plus large. En matière de migration, l’«Arizona» approfondit le racisme d’État, notamment en supprimant des places d’accueil, en refusant de respecter les obligations liées au droit d’asile et les avis de la Cour constitutionnelle et en s’attaquant à la Convention européenne des droits de l’homme et à l’inviolabilité du domicile.
Un volet répressif est également au programme avec un projet de loi permettant au gouvernement de dissoudre des organisations jugées «radicales», alors que le MR et la N-VA ciblent dans leur communication les activistes écologistes, solidaires de la Palestine et antifascistes. La Belgique s’aligne ainsi brutalement sur le virage à droite en Europe avec une combinaison de néolibéralisme, d’autoritarisme, de xénophobie et d’attaques contre les droits démocratiques, féministes et LGBTQI… ainsi que la complaisance avec Trump et Poutine.
Et pourtant, nous luttons!
Cette offensive de la bourgeoisie rencontre une résistance réelle. Depuis des mois, des mobilisations syndicales expriment une colère profonde avec plusieurs journées de grève interprofessionnelles et sectorielles et de grandes manifestations qui ont dépassé à trois reprises le cap des 100000 manifestant·es. Les secteurs des chemins de fer, de la santé et de l’éducation font partie des plus mobilisés.
La base syndicale n’est pas résignée, mais se retrouve face à l’absence d’une stratégie à la hauteur des attaques. Un tel gouvernement à la détermination thatchérienne n’est pas impressionné par une succession de journées d’action isolées et espacées, aussi massives soient-elles. Cette orientation des directions syndicales et du PTB (gauche antilibérale) pour un «marathon» de journées éparses gaspille les forces et finit par installer l’idée que le mouvement social serait condamné à protester sans jamais pouvoir gagner, en quémandant une «concertation» illusoire…dans l’attente d’élections prévues en 2029, au risque de dégâts majeurs et durables pour notre classe.
Les camarades de la Gauche anticapitaliste défendent depuis le début la nécessité d’une montée en puissance réelle: davantage d’auto-organisation à la base, d’assemblées, de convergence entre secteurs, et une préparation sérieuse d’une confrontation majeure avec le gouvernement et le patronat, capable de bloquer l’économie et de rendre le coût politique des mesures insoutenables.
Là où les mobilisations antiracistes et écologistes marquent le pas et où le campisme (appuyé par le PTB) mine la mobilisation internationaliste face aux guerres et aux contre-révolutions (Ukraine, Palestine, Iran), le mouvement féministe et antifasciste gardent une dynamique intéressante. Les mobilisations du 8 mars ont confirmé une disponibilité à lutter, notamment parmi les jeunes femmes et LGBTQI+, pour un mouvement féministe qui ne peut gagner que s’il se conçoit comme composante centrale d’une riposte d’ensemble.
L’opposition parlementaire de (centre-)gauche n’offre pas de perspectives. Les Verts sont laminés et désorientés, le PS et le PTB (premier soutien des directions syndicales) attendent de récolter les fruits électoraux de la colère et aucune de ces forces n’a de proposition politique ni programmatique cohérente pour tracer une voie vers une victoire.
Alors que la gauche est majoritaire dans Région Bruxelles-Capitale, elle n’a pas été capable de s’unir et a remis les droites en selle pour gérer l’agglomération. Au-delà des chimères sur 2029, la Gauche anticapitaliste plaide donc pour que le mouvement social s’organise de manière indépendante, avec sa propre stratégie, ses propres objectifs et une volonté claire de faire converger les colères. Nous le faisons dans différents espaces dans les syndicats mais aussi dans des initiatives telles que les collectifs Commune colère dans plusieurs villes francophones, qui regroupent syndicalistes et activistes.
La perspective de regrouper plus largement des courants anticapitalistes continue aussi à orienter la stratégie et les prises de contact de la Gauche anticapitaliste. L’enjeu en Belgique est bien de faire échec à une tentative de réorganisation durable du pays au profit des classes dominantes et au service d’une droite de plus en plus décomplexée.
Mauro Gasparini (Gauche anticapitaliste)