Les marathoniens de l’expropriation-autogestion

Les marathoniens de l’expropriation-autogestion

Voilà 8 ans déjà
que les employé·e·s de l’entreprise de
céramique « Zanon » située dans
la province de Neuquen en Argentine, ont pris le contrôle de leur
fabrique. A la mi-mai, Luis Dias est venu parler à Genève
de l’expérience de cette FASINPAT (Fabrique sans patron)
dont il est employé.

Depuis la crise de 2001, l’entreprise de céramique Zanon
est passée sous le contrôle des ouvriers-ères qui y
travaillent. Auparavant, elle bénéficiait de l’aide
de la Banque mondiale et de fonds publics argentins, puis ce fut sa
fermeture…et la condamnation de ses dirigeants pour escroquerie.
Depuis qu’elle est passée sous contrôle ouvrier,
elle ne reçoit plus rien. C’est la plus grande entreprise
d’un groupe de 40 entreprises autogérées
d’Argentine, il y en avait 280 il y a 5 ans.
    La vie de l’entreprise a complètement
changé. Il n’y a plus de chefs. Les coordinateurs-trices,
élu·e·s, sont révocables.
L’entreprise est organisée selon un modèle
démocratique, chaque semaine, les ateliers dont les
représentant·e·s sont élus, discutent des
différents problèmes. Chaque mois, tous les
employé·e·s se retrouvent en assemblée
générale pour débattre de l’activité
de leur entreprise, mais également des problèmes sociaux
de la ville.
À l’origine, cette fabrique comptait 220
employé·e·s, elle en compte 400 aujourd’hui.
Une bibliothèque y a été créée, mais
également une école pour alphabétiser et
scolariser ses employé·e·s, et ceux des usines
voisines ! Les 40 femmes y travaillant ont créé et
font vivre leur association propre. Une partie de la production, qui a
été doublée, a été remise
gratuitement à la population défavorisée.

Le métro de Buenos Aires à la rescousse !

Dès le début de l’expropriation, les
employé·e·s ont dû faire preuve de vigilance
et de pugnacité. En effet, les ouvriers·ères
s’étaient préparés à
l’éventualité d’une évacuation, et
gardaient nuit et jour les points stratégiques. Ensuite, assurer
la survie de leur entreprise n’a pas été chose
facile. Les travailleurs·euses ont dû affronter la
bureaucratie de leur syndicat qui voyait plutôt cette
expérience d’un mauvais œil. Mais ils ont su
s’attirer de larges sympathies, notamment de la part de leurs
collègues des hôpitaux et des enseignant·e·s.
Malgré cela, il y a eu sept tentatives successives
d’évacuation. Le 23 avril 2003, 5000 personnes
descendaient dans la rue pour soutenir les autogestionnaires. Des
festivals de musique en soutien à leur lutte ont attiré
entre 10 et 12 000 spectateurs-trices, le service d’ordre
à l’occasion de ceux-ci était assuré par les
ouvriers·ères ! Une pétition en leur faveur
a récolté plus de 90 000 signatures. Mieux encore,
les employé·e·s du métro de Buenos Aires
ont déclaré qu’ils se mettraient en
grève… si l’usine était
évacuée. Quand le gouvernement de la province a voulu
entreprendre de les faire déloger par la police, son chef,
l’en a dissuadé, pensant que l’affrontement qui en
découlerait tournerait en « guerre
civile ».
A un intervenant genevois qui posait la question, que faire ?
aujourd’hui en Europe quand une entreprise ferme, Luis Dias a
répondu qu’il fallait examiner les livres de comptes.
S’il est possible que l’entreprise soit en déficit
les six derniers mois, où sont passés les
bénéfices des dix dernières années ?
Le produit du travail de ses employé·e·s ?
Mais aujourd’hui, cette entreprise autogérée est
menacée une fois de plus de fermeture…Les importations de
céramique de Chine et du Brésil, où les
coûts de production sont deux fois inférieurs à
ceux de FASINPAT, pourraient lui être fatales. La production a
chuté. L’entreprise ne peut plus payer ses fournisseurs,
assurer la modernisation et la réparation des machines. Deux
fours ont dû être éteints. Ils n’ont plus
d’argent pour assurer les salaires des
employé·e·s au mois de mai…
Ce cas d’école, qui a inspiré des films, des
thèses, etc. nous fait songer que s’ils ont pu tenir huit
ans, face à l’adversité dans des conditions
extrêmement difficiles, « un autre
monde » est en effet possible…
Pour soutenir les employés de FASINPAT, vous pouvez verser vos
dons à solidaritéS CCP 12-9441-1 (mention FASINPAT) qui
les fera parvenir. Pour en savoir d’avantage, consultez le site
www.obrerosdezanon.com.ar.


Daniel Künzi 


Swissmetall : Hellweg n’ira pas au paradis !

Ironie de l’histoire, le jour même où nous avons
rencontré Luis Dias, le 14 mai dernier, un communiqué de
presse annonçait le départ de Martin Hellweg de
Swissmetall. Ce financier a décapité l’usine
Boillat de Reconvilliers. Les 450 employé·e·s
s’étaient mis deux fois en grève. La seconde fois,
en 2006, ils avaient occupé leur usine 37 jours sans parvenir
à faire plier Hellweg dans son intention de démanteler
leur usine. L’entreprise était bénéficiaire
avant la grève, l’action valait une vingtaine de francs.
Aujourd’hui Swissmetall est en très mauvaise santé.
Son action a chuté à cinq francs il y a quelques
semaines. C’était la chronique d’une mort
annoncée. Le syndicat UNIA avait soutenu du bout des
lèvres les grévistes, pour  privilégier
finalement  une « médiation ». Le
résultat est catastrophique. L’histoire ne dit pas combien
de millions Martin Hellweg a encaissé en pré-bonus, et en
bonus !