Nouvelle fronde contre les horaires d'ouverture des magasins le samedi à Fribourg

La section fribourgeoise de solidaritéS a informé par communiqué de presse qu’elle s’oppose vivement au projet d’étendre les horaires d’ouverture des magasins le samedi.


L’extension des horaires profite principalement aux grands centres commerciaux en périphérie (ici Avry Centre)

Elle entend lancer un référendum cantonal contre le projet qui sera soumis par le Conseil d’Etat, le Grand Conseil ayant donné suite à la motion 2017-GC-7 «Modification de l’ouverture des commerces le samedi» déposée par Laurent Dietrich (PDC) et Stéphane Peiry (UDC) au Secrétariat du Grand Conseil fribourgeois le 23.12.16.

Pour rappel, les horaires des «nocturnes» jusqu’à 21h ont été obtenus en contrepartie de la fermeture de ces mêmes commerces le samedi à 16h. Revenir sur cet accord, au sujet duquel la population fribourgeoise s’est déjà prononcée à maintes reprises (1997, 2003, 2005 et 2009), serait le fouler du pied de manière inadmissible et une façon d’avoir les Fribourgeois·es à l’usure.

Le consumérisme ne crée pas de lien social

L’argument selon lequel la fermeture des magasins à 16h le samedi prétérite les commerces fribourgeois par rapport aux autres cantons dont les magasins ferment le samedi à 17h voire 18h n’a jamais été étayé. Quant au fait que l’extension des horaires dynamiserait la ville, permettant ainsi le lien entre «faire les magasins» et «aller boire un verre sur place», confine à une vacuité argumentative effrayante. S’il s’agissait de devoir dynamiser la ville, on ose espérer que le Grand Conseil, respectivement le Conseil d’Etat, auraient d’autres propositions que d’inciter les habitant·e·s à un consumérisme primaire. De plus, l’extension des horaires profite principalement aux grands centres commerciaux en périphérie du centre-ville au détriment des petits commerces accessibles à pied.

Il convient de souligner que l’extension des horaires est une décision allant à l’encontre des droits des travailleurs et, plus particulièrement, des travailleuses. Dans le commerce de détail, 68% du personnel est féminin avec un salaire inférieur de 18% à celui des hommes, ce qui en fait la branche commerciale la plus concernée par les working poor. 50000 personnes gagnent moins de 4000 francs par mois, dont 40000 sont des femmes qui seront déjà les premières victimes de PV2020, préconisant l’élévation de l’âge de la retraite de 64 à 65 ans.

Dégradation des conditions de travail

Depuis le début du 21e siècle notamment, nous assistons à une forte péjoration des conditions de travail du personnel des entreprises du commerce de détail. Ces dernières ont en effet fortement rationalisé l’organisation du travail, notamment en rapport avec la flexibilisation (avec l’extension des horaires de travail et le travail sur appel), l’intensification du travail (liée à la diminution du nombre de vendeurs et vendeuses par m2 et l’informatisation des caisses), etc. Par ailleurs, la dernière enquête sur la structure des salaires a constaté en Suisse une diminution des revenus dans le secteur privé de 115 francs par mois pour les hommes et de 54 francs pour les femmes.

Enfin, on rappellera que l’extension des horaires n’est pas créatrice d’emploi. Bien au contraire, elle participe à l’augmentation de la flexibilité dans une profession marquée par l’absence d’horaires fixes, les temps partiels imposés et les horaires coupés.

Par conséquent, une telle proposition constitue une nouvelle attaque contre les conditions de vie sociales et familiales. Ce projet est une mesure d’exploitation des travailleurs et travailleuses visant à accroître encore le profit des (grands) magasins au détriment des conditions de travail de leurs salarié·e·s.

Nils Kapferer