nopasaran.ch qu’est-ce que c’est?

La plateforme en ligne nopasaran.ch centralise toutes les dérives de l’extrême droite institutionnelle suisse à l’échelle nationale. Entretien avec son créateur.

Pancarte «This machine kills fascists» lors du carnaval antifasciste de Lausanne
Le Carnaval populaire et déter de Lausanne se veut une réponse à la «montée du fascisme ». Édition 2025.

Depuis l’arrivée en force de l’UDC blochérienne dans les années 1990, l’échiquier politique suisse n’a cessé de se déplacer vers la droite. L’UDC n’est plus seulement un parti situé à l’extrême droite du spectre politique: elle rassemble aujourd’hui les critères de l’extrême droite au sens académique, c’est-à-dire le populisme, le nationalisme ethnique et un autoritarisme de plus en plus évident. Même si l’UDC respecte encore globalement le jeu démocratique, elle impose son agenda et monopolise le débat public avec un discours centré sur l’immigration.

Alors, lorsque je vois les médias qualifier sans ambiguïté l’AfD ou le Rassemblement national de partis d’extrême droite, mais hésiter à le faire pour l’UDC, je m’interroge.

J’ai créé nopasaran.ch pour montrer que l’extrême droite est aujourd’hui présente en Suisse au niveau institutionnel et que les «dérapages» de ses membres ne sont pas des cas isolés, mais quasi quotidiens. Les discours racistes, homophobes ou sexistes ne se trouvent plus seulement sur les pages Facebook de membres inconnus de l’UDC: ils apparaissent désormais jusque dans les prises de position au Conseil national. 

Pour qu’un événement figure dans la base de données de nopasaran.ch, il doit correspondre à un critère dépassant la simple opinion, comme la violence, l’islamophobie, la transphobie, le négationnisme, l’autoritarisme, etc. Avec l’aide de quelques personnes, nous avons commencé par compiler les informations présentes dans des listes existantes. Pour les dérapages d’actualité, chacun·e peut signaler anonymement, depuis le site, ce dont iels sont témoins.

Les sources d’information les plus évidentes restent les médias, mais nous surveillons également les réseaux sociaux, les communiqués officiels, les campagnes de votations et d’élections ainsi que les prises de position parlementaires. On trouve donc sur le site des résumés d’articles existants, mais aussi des éléments originaux passés sous les radars médiatiques.

Ce réseau d’informateur·ices est en construction. J’aimerais que la participation citoyenne devienne plus importante, notamment du côté alémanique. Le site est encore jeune. Il doit se faire connaître et, avec le temps, devenir une référence. J’espère également mettre en place des collaborations avec des organisations militantes et des médias engagés à gauche. L’originalité du projet repose vraiment sur cet aspect participatif, totalement ouvert, à l’image du code source du site et des données elles-mêmes.

La finalité du projet est un appel à instaurer un cordon sanitaire autour de cette extrême droite institutionnelle. Les «dérapages» compilés sur le site illustrent comment certains individus participent aujourd’hui à une inquiétante radicalisation idéologique de notre société. On ne peut pas lutter contre cette dynamique tout en laissant les médias y contribuer. 

Le trumpisme, pour ne pas dire le fascisme, l’UDC et les autres mouvements d’extrême droite utilisent la loi de Brandolini pour gagner des électeurs. Celle-ci décrit l’asymétrie entre la facilité avec laquelle on peut produire des mensonges, des calomnies ou des sophismes, et la difficulté bien plus grande de les réfuter. Cette dynamique crée un flux continu de fausses informations qui submerge l’espace public et rend pratiquement impossible une réponse argumentée au même rythme.  

Partout, l’extrême droite combat la vérité, y compris en Suisse. Dernièrement, l’UDC genevoise a proposé de retirer les subventions à des organisations prenant des positions publiques «de gauche», les recherches en sciences sociales sont attaquées et le complotisme est omniprésent.

C’est pourquoi la mise en place d’un cordon sanitaire autour des personnes qui propagent la haine et les mensonges ne devrait pas être taboue. Cela n’est en aucun cas une atteinte à la liberté d’opinion et la liberté d’expression n’est heureusement pas infinie.

Le site recense aujourd’hui près de 500 actes inexcusables, qui ouvrent la fenêtre d’Overton  vers la droite. Comment justifier que l’on puisse encore laisser la parole à leurs auteur·ices?

Entretien réalisé par la rédaction