France
Offensive des droites contre l’antifascisme
À la suite du décès de Quentin D., militant néonazi lyonnais, après une rixe contre des militant·es antifascistes en marge d’une conférence de Rima Hassan, députée européenne LFI, le climat politique et médiatique cible les militant·es antifascistes, de gauche et tout particulièrement de la France Insoumise.

A lors que Rima Hassan était invitée le jeudi 12 février à Lyon pour une conférence, le collectif d’extrême droite féminin Némésis a organisé le déploiement d’une banderole «islamos-gauchistes hors de nos facs» à proximité du lieu. Différents affrontements ont ensuite éclaté, entre Némésis et des militant·es de gauche, mais également avec leurs camarades masculins faisant office de «protection » selon les dires de leur porte-parole.
Une vidéo publiée par le Canard enchaîné montre un groupe d’une quinzaine de fascistes habillés en noir et pour partie cagoulés, faisant face à un autre groupe d’une dizaine de personnes. Les images montrent un échange de coups, les militants d’extrême droite font usage d’une béquille pour frapper et de gaz lacrymogène. Après les affrontements, Quentin D. est retrouvé conscient et sera pris en charge par les pompiers à 2km des affrontements, plus d’une heure plus tard. Il décède le samedi 14 février.
Une enquête criminelle est ouverte, avec pour chefs d’accusation homicide volontaire et violence aggravée par trois circonstances (en réunion, masqué et porteur d’armes), ainsi qu’association de malfaiteurs.
Une situation tendue depuis plusieurs années à Lyon
Lyon est le théâtre depuis plusieurs années d’exactions de groupuscules violents d’extrême droite, d’obédiences variées (néonazis, royalistes, identitaires, catholiques réactionnaires…). Ces groupes commettent régulièrement des attaques sur les biens et les personnes, et ce dans une impunité quasi totale.
De nombreux locaux ont pu voir le jour dans le quartier du Vieux Lyon, tristement connu pour ses patrouilles violentes de militants de divers groupuscules d’extrême droite. Les personnes racisées et les mosquées sont leurs principales cibles, ainsi que les Prides, les personnes LGBTI et les militantes féministes, mais aussi les locaux et militant·es de syndicats ou de partis de gauche.
Ces attaques sont violentes (incendies, attaques au couteau…). Rien qu’en janvier 2026, le corps d’Ismaël Aali a été retrouvé au sud de Lyon, des suites d’un guet-apens raciste, tandis qu’Ahmad, lycéen, a été agressé et lacéré par des individus cagoulés dans la banlieue lyonnaise. Ces événements n’ont évidemment pas fait l’objet d’autant d’attention médiatique que la mort de Quentin D.
Cabale médiatique
Le drame survenu le 12 février est le résultat d’un pourrissement de la situation lyonnaise, où les milices d’extrême-droite se sont implantées en profitant de la complaisance des pouvoirs publics locaux. En réaction, des formes d’autodéfense populaire sont nées, comme la Jeune Garde en 2018 – aujourd’hui sous le coup d’une dissolution. Un travail de longue date entre plusieurs organisations politiques, syndicales et associatives sous la bannière «Fermons les locaux fascistes» a consolidé la nécessité locale du combat antifasciste unitaire, face à l’implantation de l’extrême droite.
Les communications hasardeuses de Némésis durant le week-end du décès ont conduit à un emballement médiatique sans précédent. Plusieurs versions successives ont été réfutées au fur et à mesure de la découverte de différentes vidéos et témoignages.
De nombreux·ses militant·es d’extrême droite ont ensuite accusé des militant·es de l’ex-Jeune Garde, en divulguant des informations privées (nom, adresse, numéro de téléphone) de membres présumés. Différent·es responsables politiques de droite et d’extrême droite ont également accusé la France Insoumise d’être responsable du décès du jeune militant.
Profitant de la focalisation politico-médiatique sur les mouvements de gauche, l’extrême-droite s’est déchaînée un peu partout dans le pays lors de la semaine suivante. À Lyon, des tags ont été découverts sur une mosquée, tandis que les locaux des syndicats Solidaires et CGT ainsi que le local LFI de Clermont Ferrand ont été attaqués. Des agressions racistes ont également eu lieu à Toulouse.
Une manifestation néonazie s’est tenue à Lyon samedi 21 février, autorisée par les services de Préfecture malgré des pétitions signées largement et des appels à l’interdire par des élu·es de gauche. Hordes masquées de diverses nuances d’extrême droite ont ainsi pu défiler en ville, insultes racistes et salut nazis étaient évidemment de la partie.
Le déchaînement médiatique et politique en cours encourage et désinhibe ces groupuscules violents, mettant en danger une partie de la population et les militant·es de gauche, en particulier ouvertement antifascistes et/ou insoumis·es. Le manque de front unitaire partisan et syndical antifasciste risque de mettre en difficulté nos capacités de ripostes futures.
Nora MK