«Jimmy's Hall» de Ken Loach

Pour ce qui devrait être son dernier film, Ken Loach signe un sujet historique sur fond d’indépendance et où rayonne la musique.

Nous avons été prévenus, il s’agit en quelque sorte du testament du réalisateur britannique Ken Loach qui annonce là son dernier film. Le bouillonnant cinéaste octogénaire ne peut être accusé de paresse, à l’instar de Jean-Luc Godard. Avec une régularité métronomique, il nous fournit un Opus tous les deux ans environ, et intervient très régulièrement dans la vie politique européenne pour soutenir la gauche radicale. Dernière apparition connue, son soutien avec Sean Connery à l’indépendance de l’Ecosse, contre les stars du show business Mick Jagger, Paul McCartney, ou plus exactement Sir Paul James McCartney, toujours fidèles à la Couronne.

Et justement il est question d’indépendance dans Jimmy’s Hall. Celle de l’Irlande, comme dans son film Le vent se lève. Une dizaine d’années après l’écrasement de la lutte d’indépendance irlandaise, le protagoniste de l’histoire Jimmy Gralton (Barry Ward), est de retour dans le conté irlandais de Leitrim, après son exil new-yorkais, en 1932. Il revient pour s’occuper de sa mère et de leur ferme.

 

Fraîche musique

Après la vague de réaction qui a déferlé sur l’Irlande, Jimmy Gralton, républicain libertaire, va accepter de reconstruire et d’animer un centre culturel républicain. La musique irlandaise est au premier plan : les scènes de danse constituent les moments les plus émouvants du film. Les comédiens et musiciens jouent avec tant de fraîcheur et de spontanéité que vous avez l’illusion que l’action se joue en directe sur l’écran. Mais la fête tourne court. La réaction, emmenée par le Père Sheridan (Jim Norton) un dignitaire catholique pas toujours orthodoxe, une réincarnation de Don Camillo. A la botte du Lord local, il va saboter violemment cette initiative culturelle et politique. Ce qui n’empêche pas une merveilleuse séquence humoristique où la mère du héros va rouler dans la farine les policiers aux trousses de son fils.

Jimmy’s Hall appartient à la catégorie « historique » des films de Ken Loach, avec costumes et tout le tralala. On retrouve comme scénariste Paul Laverty, mais pas la fiévreuse spontanéité qui régnait, par exemple, dans son film Land and freedom, ou dans les films qui ont fait sa gloire inspirés du freecinema : Family’s Life, etc. où les acteurs évoluent avec une très grande spontanéité, improvisent devant la caméra. Mais ne boudons pas notre plaisir, la vie ne doit pas être qu’un combat contre la maladie ou pour « les lendemains qui chantent ». Jimmy’s Hall est un rayon… de musique. DK