Nature et populations résistent

Le film Le Vivant qui se défend du militant écologiste Vincent Verzat a reçu le prix du Film for Future Festival 2025. Ce documentaire offre de belles images, mais soulève plusieurs questions qui méritent d’être discutées.

Image promotionnelle du film Le Vivant qui se défend
Montage promotionnel pour le film Le Vivant qui se défend

Vincent Verzat est un vidéaste, militant écologiste et conférencier français, connu notamment pour sa chaîne YouTube «Partager c’est sympa», où il documente les luttes écologistes contemporaines et les formes d’engagement citoyen face aux crises climatiques et sociales. 

Dans Le Vivant qui se défend, il documente en parallèle sa nouvelle passion pour l’observation d’animaux sauvages et des mobilisations écologistes. La patiente traque photographique d’un blaireau, par exemple, succède à de spectaculaires images des manifestations contre les mégabassines de Sainte-Soline, filmées au drone.

Il affirme que ces deux volets font partie d’une même lutte: en observant les animaux sauvages, il retisse ses attaches au Vivant, alors que documenter le militantisme permet de renforcer l’opposition aux politiques et industries qui détruisent les écosystèmes.

Le sauvage résiste

Le film se compose ainsi de très belles images d’une nature presque intacte. Il ne parcourt cependant pas des paysages lointains, comme le fait par exemple l’écrivain réactionnaire Sylvain Tesson. Vincent Verzat explique qu’il souhaite faire découvrir une nature de proximité qu’il nous faut protéger au sein de luttes locales. C’est donc la force qu’a le non-humain à se nicher dans le peu de zones disponibles qu’il lui reste que Vincent Verzat admire. La nature résiste, elle aussi, à la destruction écologique. 

En parallèle, le film accompagne des activistes prêt·es à tout pour contrer des projets néfastes pour l’environnement, comme la construction de l’autoroute A69 près de Toulouse ou la destruction de forêts centenaires, qui se basent aussi sur des collectifs locaux. 

Ainsi, tant les humains que les non-humains se défendent face au carnage socio-écologique. Le titre Le Vivant qui se défend suggère qu’il faut (ré)intégrer l’être humain au concept du Vivant, brouillant ainsi le dualisme historiquement construit entre notre espèce humaine et les autres espèces vivantes

Cet objectif s’inscrit dans le débat sur la notion du sauvage, qui discute un retour à un mode de vie plus proche de la nature. Doit-on considérer le sauvage comme un système vierge à préserver et éviter tout empiètement sur celui-ci? Ou devrions-nous nous considérer comme partie de la nature, et cohabiter avec la biodiversité? 

Selon les théories écomarxistes, qui trouvent dans la pensée de Karl Marx des éléments pour comprendre la dégradation écologique au cœur du capitalisme, séparer l’humain du non-humain, même dans des discours qui veulent «préserver» la nature, ne fait que perpétuer le dualisme nature/culture, appelé aussi «aliénation écologique», qui est contradictoire: le ravage écologique découle justement de la logique capitaliste d’exploitation des ressources, qui perçoit la nature comme une entité séparée à exploiter. 

Observer le Vivant, c’est aussi le déranger. À l’affût, Verzat célèbre la nature comme un spectacle à consommer. Il joint ainsi un plaisir esthétique anthropocentré à une aliénation écologique marxienne. La nature filmée est d’ailleurs toujours qualifiée de «belle», d’«émouvante». Lorsqu’elle n’offre pas ces qualités, ne mérite-t-elle plus d’être défendue?

Une théorie récente de la discipline de l’éthique environnementale s’intéresse aux attitudes pro-environnementales qui intègrent ce paradoxe. Elle suggère que la nature peut générer un bien-être personnel, et que ce lien émotionnel et sensible avec elle encourage ensuite à la protéger. Ainsi, bien que l’observation du Vivant ne soit pas sans conséquence néfaste pour les espèces dérangées, il se peut que voir ces belles images ou renouer une proximité avec la nature soient, pour Vincent Verzat ou les spectateur·ices de son film, une façon de s’attacher à la nature.

Répression cinégénique

Une seconde critique que nous souhaitons apporter au film est la théâtralisation des manifestations. En effet, ce sont surtout des images d’engagement violent ou de répression qui sont montrées, car spectaculaires, engendrant du clic. Les dimensions plus stratégiques et politiques restent en arrière-plan. De telles images, qui soulignent les risques physiques pris lors d’événements contestataires, encouragent-elles les jeunes à rejoindre de tels luttes? Élargir la représentation de ce qui constitue une lutte écologique serait peut-être également un vecteur d’espoir qui peut motiver à s’engager dans des mouvements où chacun·e peut trouver sa place, selon ses compétences.

Le Vivant qui se défend est un film émouvant et critique envers les politiques capitalistes, extractivistes et écocidaires. Il se situe au sein du débat sur la place légitime de l’être humain au sein du Vivant. Mais pour mobiliser plus largement, il gagnerait à rendre visibles d’autres formes d’action, moins spectaculaires mais tout aussi décisives.

Zélie Stauffer

Le Vivant qui se défend est visionnable sur YouTube. Il est actuellement projeté en Suisse romande dans le cadre du Festival du film vert