Action de solidarité avec les travailleuses du nettoyage en Grèce (photos)

2014-09-20-femmes-grece

Samedi 20 septembre 2014, le groupe féminismeS de solidaritéS a organisé, avec le soutien de la Marche Mondiale des Femmes une action en soutien aux travailleuses du nettoyage du ministère des finances grec devant la mission de Grèce pour les organisations internationales. Nous reproduisons ci-dessous la prise de parole de Vera Figurek, du groupe féminismeS de solidaritéS, ainsi que le texte de la pétition, à signer ici.

 

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Le groupe féminismeS de solidaritéS vous remercie d’être venus si nombreuses et nombreux. Nous remercions la Marche mondiale des femmes qui s’est associée à nous pour vous proposer de répondre à l’appel des 595 femmes de ménage du Ministère des finances grec d’organiser une journée de solidarité internationale. Je me permets de vous relayer leur appel.

Les nettoyeuses, employées du Ministère des Finances ont perdu leur emploi depuis le 17 septembre 2013 au profit d’entreprises privées, le début de la privatisation rampante des services publics lancée par les politiques d’austérité du gouvernement Samaras et de la Troïka. Durant ces quatre dernières années, en Grèce, les politiques d’austérité ont frappé de plein fouet la population et en particulier les femmes qui se sont mobilisées en masse, notamment dans les 26 grèves générales.

Après s’être attaqués aux plus faibles, 25 000 fonctionnaires de l’Etat, en majorité des femmes, seront concernés par ce « dégraissage » des services publics. Le gouvernement grec a tout d’abord placé les travailleuses du Ministère des Finances dans le mécanisme de « disponibilité », c’est-à-dire 8 mois avec 75% de leur salaire avant d’être licenciées définitivement.

Ces femmes avaient des très bas salaires, entre 300 et 600 euros, en moyenne 500 euros par mois, beaucoup avec plus de 20 ans de service. Le gouvernement les a licenciées et a choisi d’attribuer leur travail à des sous-traitants sans pour autant faire la moindre économie. En revanche, ces entreprises privées sont réputées pour être peu correctes. En effet, elles rémunèrent leurs employé-e-s à raison de 200 euros par mois, soit 2 euros de l’heure avec assurance partielle, sans droit au travail!

Le ministre de la réforme, Kyriakos Mitsotakis, a tout d’abord délayé le message qui était en substance « je vous comprends, je compatis, mais j’ai les mains liées ». Quant à Giannis Stournaras, ministre des finances, il ne les a reçues que 6 mois plus tard pour leur avouer crûment qu’il “faut un certain nombre de départs” et que, rapportent les femmes de ménages, celles-ci sont “les moins fortes, les moins susceptibles d’être soutenues, ce sont donc (elles) qu’on a donc ciblé en priorité”. En effet, le gouvernement pensait écraser rapidement ces femmes pauvres, touchant des salaires très bas, et qu’il pensait peu intelligentes, d’où le slogan des nettoyeuses:

«Nous ne sommes pas des connasses, nous sommes des femmes de ménage».

Déconsidérées à cause de leur genre et de leur classe sociale, marginalisées par les syndicats et n’ayant pas de liens avec les organisations traditionnelles de la gauche grecque, les femmes de ménage ont dû se faire entendre par elles-mêmes et être visibles par des actions collectives et non-violentes. Elles inventent, chaque jour, de nouvelles actions et sont relayées dans les médias, alertant la population.

“Elles”? Ces femmes…Qui sont-elles ?

J’ai tenté de me renseigner sur le Net et j’ai été notamment touchée par les blogs de personnes qui ont relayé les actions et les propos des femmes que nous venons soutenir aujourd’hui. Par exemple, Effy Tselikas nous présente les propos de ces femmes, 50 ans en moyenne, mères de famille, grands-mères souvent, veuves, divorcées, très peu diplômées qui ont donc très peu de chance de retrouver un emploi en Grèce aujourd’hui.

Par exemple, Despina, 21 ans de travail au ministère, est l’une d’entre elles. Divorcée, deux enfants au foyer, elle a dû chercher du travail. Et ce métier qu’elle n’a pas choisi, elle a décidé de le défendre bec et ongles :

“C’est avec ces deux mains que j’ai réussi à élever mes deux filles. Ce travail nous a donné à manger et permis d’avoir une vie digne, ce n’est pas pour être jeté sur le marché aux esclaves qui se profile. J’allais contente au ministère, il régnait une bonne entente, entre tous, quel que soit notre échelon.
Si on m’enlève cela, il ne me restera rien, je ne pourrai pas m’en sortir. Je n’ai pas réussi à acheter une maison, je suis ‘restée au loyer’. Alors, quand la nouvelle est tombée, je me suis dit que je n’avais plus rien à perdre, si ce n’est ma dignité. Et tout a commencé”.
C’est ainsi que ces mêmes trottoirs du ministère, en plein centre-ville, ont vu naître le combat le plus inattendu et l’un des plus singuliers de la résistance à la politique de rigueur. On s’est dit : ‘On va les embêter, leur pourrir la vie jusqu’à ce qu’ils nous répondent. Comme le dit notre affiche, ‘Le noir pour ceux qui ont noirci notre vie’. On était là, sur les trottoirs, tous les jours, du matin jusqu’au soir. Peu au début : une trentaine. Puis les autres sont venues. On a fait un travail de fourmi”. Nous ne sommes jamais restées sages. À chaque visite d’officiels, on manifestait. Voir le premier ministre ou encore les représentants étrangers de la Troïka obligés de prendre la porte de service, barricadés derrière leur gardes du corps, juste parce que de faibles femmes réclament leurs droits, cela a été une première satisfaction. Même si on a reçu des coups des CRS, même s’ils nous ont traînées sur ces trottoirs. On avait déjà gagné”. Cette résistance, personne ne s’y attendait. Ni le pouvoir, ni même les réseaux classiques d’opposition. Ils pensaient nous virer d’un coup de balai, sans faire de vague. On a choisi justement de faire du bruit. Cela a été la joie de ce combat. Tous les jours, on inventait une nouvelle forme de mobilisation : assises, debout, des couronnes d’épines sur la tête, de la musique et des danses,… on a même installé des tentes pour rester 24h sur 24. On est même allé en délégation à Bruxelles revendiquer notre réintégration”.

Ce happening quotidien au cœur d’Athènes a engendré un énorme mouvement de solidarité : argent et vivres ont afflué, des artistes ont organisé des concerts pour elles…

La décision judiciaire ne met pas fin au combat. Les élections municipales et européennes du mois de mai ont médiatisé les choses encore davantage. Une des licenciées, Dimitra Manoli, était d’ailleurs candidate sur la liste européenne du SYRIZA, la gauche radicale, en bonne place pour être élue, juste derrière une autre travailleuse de ce secteur, Konstantina Kouneva.

Le secteur de la propreté en Grèce est au cœur des privatisations. Partout, dans les ministères, les municipalités, on vire ces employées pour les remplacer par des sociétés de nettoyage, qui emploient des précaires, corvéables à merci.
Chaque jour, elles descendent dans la rue et revendiquent leurs droits, résistent à la violence policière et à la propagande gouvernementale. La justice grecque leur a donné raison, mais le gouvernement refuse d’obtempérer et d’appliquer l’arrêt judiciaire.

Le Gouvernement essaye par tous les moyens de réprimer leur juste lutte. Des images de passage à tabac des femmes sans défense de 50-60 ans par les forces anti-émeute (MAT), ont fait le tour du monde. Un certain nombre d’entre elles ont été hospitalisées à la suite des agressions barbares et injustifiées de la police.

Travailleurs, licenciés, chômeurs, lycéens, étudiants, retraités et artistes manifestent leur soutien.

Alors lorsque notre groupe féminismeS a appris que des femmes, travailleuses grecques nous proposaient d’unir nos forces et d’organiser une journée internationale de Solidarité, nous avons tout de suite répondu présentes et vous remercions de vous être toutes et tous mobilisé-e-s avec nous, toutes et tous ensemble, car c’est la solidarité est notre force, la force du peuple. La période du 15 au 22 septembre n’a pas été choisie par hasard. C’est la semaine précédant l’arrêt judiciaire définitif qui sera rendu le 23 septembre. Diverses actions de solidarité comme des rassemblements et manifestations publiques, des mobilisations devant des ambassades et des consulats grecs, les bâtiments du FMI et autres ont lieu aujourd’hui-même dans le monde entier.

Une délégation des femmes de ménage en lutte se préparait à une manifestation qui a eu lieu au Parlement européen de Strasbourg le 16 ou 17 septembre. Avec leur courage, leur persévérance, leur rage de vaincre, elles redonnent espoir à toutes les victimes de l’austérité. Parce que c’est la Troïka elle-même qui veut les abattre, parce qu’elles sont l’exemple à imiter par tous les opprimés, parce elles sont à la pointe de la contestation anti-austérité, non seulement en Grèce mais partout en Europe. Parce que leur lutte peut devenir contagieuse…

Plus que jamais, le combat de ces 595 femmes de ménage héroïques est le nôtre. Ne les laissons pas seules. Elles se battent pour nous, battons-nous pour elles. Organisons la solidarité européenne et mondiale !

Vera Figurek

Pour le groupe féminismeS de solidaritéS

 

Sources : http://cadtm.org/595-femmes-de-menage-grecques-11

Sonia Mitralias
Effy Tselikas

 

NE VOUS ATTENDEZ PAS À CE QUE NOUS CÉDIONS!

Nous sommes les 595 femmes de ménage du Ministère des finances qui avons perdu nos emplois depuis le 17 septembre 2013. Le gouvernement nous a licenciées et a choisi d’attribuer notre travail à des sous-traitants sans pour autant faire la moindre économie budgétaire. Notre salaire oscillait entre 300 et 600 euros par mois. Nous ne sommes pas des numéros, nous sommes des êtres humains.

Nous n’avons pas baissé la tête. Depuis le 17 septembre nous sommes chaque jour dans la rue et nous revendiquons notre travail, nous revendiquons notre vie.

Le gouvernement essaye par tous les moyens de réprimer notre juste lutte. Des images de passage à tabac des femmes sans défense de 50-60 ans par les forces antiémeute (MAT) ont fait le tour du monde. Un certain nombre d’entre nous a été hospitalisé à la suite des agressions barbares et injustifiées de la police contre nous.

Nous avons opté pour la dignité. Dix mois de lutte, dix mois pleins de pauvreté et de problèmes! Mais nous avons continué à nous battre. Nous continuons notre combat. Nous revendiquons l’évident, le droit a la vie.

Une vague de solidarité est en train de balayer la société. Travailleurs, licenciés, chômeurs, lycéens, étudiants, retraités et artistes manifestent leur soutien par tous les moyens.

La Justice grecque nous a donné raison et pourtant le gouvernement refuse de respecter et d’appliquer les décisions judiciaires. Il se venge sur nous parce que nous avons choisi de vivre dans la dignité.

LA SOLIDARITÉ EST L’ARME DES PEUPLES

Nous demandons à vous tous d’exprimer votre solidarité à la lutte pour la vie et la dignité que nous menons. Nous vous demandons de signer le texte de soutien et de collecte des signatures qui forcera le gouvernement à appliquer l’arrêt de la justice grecque, sans qu’il y ait le moindre coût budgétaire.

TOUS ENSEMBLE NOUS POUVONS EMPÊCHER CES POLITIQUES BARBARES.

SIGNEZ LA PÉTITION !