La guerre aux pauvres est déclarée!

Depuis plusieurs années, la droite s’est parée d’un nouveau terme pour justifier ses politiques de casse sociale: «austérité». Derrière cet euphémisme, l’orchestration du renforcement des privilèges et des baisses d’impôts pour les nanti·es.

Manifestation de riches pour leurs privilèges
Des riches ont manifesté bruyamment pour le maintien de leurs privilèges, Genève, 1er mars 2026

Dans un précédent numéro ↗︎, notre camarade Guillaume Thion décrivait les attaques ciblées de la droite envers la jeunesse: hausse des taxes d’études, baisse des subventions aux Hautes écoles spécialisées, introduction d’une dérogation de 25% au salaire minimum genevois pour les jobs étudiant·es. À cela s’ajoutent: une baisse du barème d’aide sociale pour les jeunes adultes (18–25 ans), une obligation d’exercer une activité «bénévole», et de former les jeunes adultes en priorité dans les secteurs de l’économie à forte pénurie de main d’œuvre. Ce triste inventaire ne s’arrête pas là.

Prenez aux pauvres; ils sont peu, mais ils sont nombreux!

C’est en substance ce que nous disait Alphonse Allais (humoriste français acerbe de la seconde partie du 19e). À l’évidence la droite s’inspire de cette phrase sans en saisir l’ironie. Ainsi, elle poursuit son offensive dans le champ de l’action sociale. Elle intervient alors que Nathalie Fontanet, la Conseillère d’État en charge des finances, et la droite avaient claironné que la baisse d’impôts votée en novembre 2024 n’induirait aucune baisse de prestations. Force est de constater le caractère fallacieux de ces déclarations qui ont hélas convaincu une majorité de votant·es. 

Aujourd’hui la population doit assumer les conséquences de cette imposture tandis que les gros·ses contribuables se frottent les mains. 

L’équité selon l’UDC 

L’UDC a déposé un projet de loi qui ne demande rien de moins que de supprimer la dérogation dont bénéficient les requérant·es d’asile dit·es en «admission provisoire». Celle-ci leur permet de bénéficier du barème ordinaire de l’aide sociale lorsqu’ils et elles présentent plus de sept ans de résidence à Genève et ont épuisé leurs droits au chômage. 

Selon l’UDC, les prestations d’aide sociale devraient être fournies à ces personnes en nature, et surtout, être inférieures à celles fournies aux personnes résidentes! L’UDC prétend ainsi établir de l’équité entre les bénéficiaires. Il faut savoir que les personnes en admission provisoire qui remplissent ces conditions sont peu nombreuses, il s’agit donc d’une économie de bouts de chandelles. Quant à l’équité, manifestement l’UDC ne peut la concevoir que par le bas.

Un minimum vital de moins en moins vital!

Une autre baisse de prestations tout aussi mesquine est la diminution du forfait d’intégration de 50 francs pour les ayants-droits à l’aide sociale. Une somme qui peut paraitre dérisoire, mais qui, sur le minimum vital, est significative. Plus encore pour les couples avec enfants, car là, la diminution est multipliée par le nombre de personnes qui ouvrent ce droit.

Cette baisse du seuil du minimum pourrait requalifier de nombreuses personnes qui bénéficient d’un complément de revenus au-dessus de ce dernier et donc leur faire perdre leur droit à l’aide sociale, les exposant à une chute libre dans la grande précarité. Une pétition a été heureusement lancée contre cette mesure inepte.

Quand les assuré·es sont rançonné·es, les assurances-maladies dansent!

Le Conseil d’État a annoncé, de plus, le 11 février, le dépôt d’un projet de loi qui vise à abroger l’indexation automatique du subside à l’assurance-­maladie. Ceci, déclare-t-il, afin de limiter leur croissance. Mais que dit-il alors de la croissance des cotisations d’assurance-maladie? Là, rien. Juste un silence coupable. Une incohérence que nous combattons au travers de notre engagement dans la coalition nationale pour une assurance maladie unique, publique avec des primes proportionnelles au revenu.

Un seul minimum vital!

La multiplication de différents barèmes de «minimum vital» est une aberration conceptuelle. À Genève nous connaissons un barème ordinaire pour les résident·es, un autre pour les jeunes adultes en formation, un autre encore pour les requérant·es d’Asile, etc. Le barème ordinaire peut être diminué de 50% à 30% selon la catégorie de personnes concernées. Or, si un minimum est vital, ne serait-on pas autorisé·es à penser qu’en-dessous de celui-ci, on ne peut plus couvrir les besoins vitaux? C’est la conception qui prévalait jusqu’au milieu des années 1980 lorsqu’il n’y avait à Genève qu’un seul minimum vital. Revenir à un barème unique est impératif. 

La coupe est pleine

Au final, il faut non seulement endiguer cette érosion des prestations destinées aux personnes en difficulté, mais améliorer les services qui leur sont destinés. C’est pourquoi se constitue actuellement une plateforme de lutte contre la précarité qui rassemble des professionnel·les de terrain, des institutions sociales, des syndicats, des partis de gauche: un collectif pour contrer ces attaques et pour proposer des alternatives. Une mobilisation à suivre.

Jocelyne Haller