Prise de position de solidaritéS

Les nouvelles taxes douanières, témoin d'un changement d'époque

Nous sommes bien dans une nouvelle étape de la crise multiple et prolongée du capitalisme. La secousse de 2008 avait été un sérieux avertissement pour les défenseurs du système capitaliste. Les économies connectées s’en étaient tirées d’affaires au prix d’endettements massifs. Depuis lors, la domination US sur le monde n’a fait que décliner, face notamment à l’émergence du nouvel impérialisme chinois. 2008 a aussi signifié un virage vers l’extrême-droite, l’autoritarisme, la militarisation, la guerre. Les piliers de la nouvelle économie, hier hérauts d’un monde qu’ils annonçaient comme libéral et antiautoritaire, se tournent maintenant vers l’autoritarisme et la régression sociale. Elon Musk en est la caricature. Finie la mondialisation heureuse, désormais c’est « America first », synonyme de « profits d’abord », que les autres s’alignent. Trump n’est pas juste un fou, il est la réponse d’un système en crise pour sauver par tous les moyens ses profits et ses privilèges.

Et la Suisse dans tout ça ?

Elle se prend 39% de taxes douanières. Gueule de bois au Conseil fédéral qui prétendait avoir l’oreille de Trump, à la différence des Européens, qui eux se prennent pour finir 15% . Trump veut frapper les esprits et prétend montrer que c’est lui le maître du monde. Il applique une arithmétique simpliste basée sur la statistique des échanges. « Si vous vendez plus que vous n’achetez aux US, à la caisse, s’il-vous-plaît ». Notons que la Suisse n’est pas la plus mal lotie, puisque l’Inde ou le Brésil se prennent 50%…. Avec la Chine, c’est évidemment un peu plus compliqué, car toute l’économie mondiale est dopée à la production chinoise.

Les autorités suisses vont s’aligner, comme d’habitude. De longue date, elles courbent le dos pour tenter de se faire discrètes. Avec Trump, ça ne marche pas, le temps des politesses et des courbettes est révolu. Les promesses d’achat d’armes, de gaz liquéfié, d’interventions en faveur d’investissements et de déplacement de la production aux US aggraveront à coup sûr la crise climatique, mais sera-ce suffisant pour calmer celui qui se veut le Roi du monde ?

Quelles conséquences pour le tissu économique neuchâtelois ?

Vu la taille du marché américain, il y aura un coût pour l’économie suisse, et plus encore pour l’économie neuchâteloise. Le luxe s’en sortira, les prix élevés sont un argument de vente. Mais comme toujours, ce sont celles et ceux qui se trouvent au bas de l’échelle qui paieront le prix maximum. Le chômage augmentera, la précarité l’accompagnera. La lutte syndicale sera plus nécessaire que jamais pour défendre le salaire minimum, la protection contre les licenciements et la politique sociale en général.

La crise écologique passée sous la table

Depuis l’émergence du capitalisme, toutes les sorties de crise ont passé par la relance de la croissance. « Croissance », mot magique que les dirigeants du monde répètent sur tous les tons : leurs discours, leurs désirs, et l’ensemble des mesures préconisées visent ce même but, retrouver de la croissance pour garantir leurs profits. Mais cette « magie » est maintenant éculée et opère mal…. Le « spectacle » Trump peut le faire oublier un instant, mais les limites écologiques de notre planète sont atteintes, le réchauffement climatique s’affiche sous nos yeux et a des conséquences dramatiques, en particulier dans les pays les moins favorisés.

Comment se positionne solidaritéS ?

Le pire danger qui guette le monde du travail, c’est l’appel patronal à l’union nationale face à un soi-disant ennemi extérieur. La mise en sourdine des revendications syndicales et à l’acceptation de privilèges fiscaux pour les entreprises ne sauverait que les profits d’une minorité de privilégiés et approfondirait les inégalités sociales. C’est un piège qui mène à la fois à la régression sociale et à la destruction écologique. Il faut, au contraire, défendre la voie d’une politique sociale, écologique et solidaire, dans l’unité des forces en luttes. C’est de l’inédit qu’il s’agit aujourd’hui de trouver. Expérimenter une décroissance dans la justice et l’égalité sociale, voilà le défi qu’il faut être capable de relever. Ces taxes fantaisistes et néfastes imposées par Trump sont une alerte. Elles devraient amener nos sociétés à opérer un tournant vers une planification écologique respectueuse de la planète et qui favorisent des modes de vie et des productions de biens qui répondent à nos besoins.

Quelles solutions préconise solidaritéS ?

Pas d’achat de F35, ni de nouveaux armements. Défense d’une politique sociale et féministe : produire moins, partager plus et vivre mieux, sur un rythme plus lent ; retraites et salaires améliorés ; réduction du temps de travail ; éducation à la douceur et la non-violence. Exigence écologique : sortie des énergies fossiles, réduction du nombre de voitures, transports publics régionaux gratuits…. Augmentation de la souveraineté alimentaire : pas de libre échange qui met en danger la paysannerie. Application d’un impôt minimum sur les entreprises : 15%, comme premier pas, car c’est encore trop bas.

Changement d’époque certes, mais la lutte continue

En soi, les taxes ne sont pas scandaleuses. Dans un monde profondément inégal, c’est un instrument à disposition des gouvernements pour favoriser le maintien des conditions de vie à l’intérieur d’un pays. Ce que nous combattons, c’est que la première puissance impérialiste utilise cet instrument pour renforcer ses multinationales et aggraver les inégalités et les injustices dans le monde. En un mot pour perpétuer sa domination.

Les taxes ne doivent pas servir à faire oublier le génocide en cours à Gaza et toutes les horreurs du monde. Les va-t-en guerre, les régimes autoritaires et l’extrême droite ont le vent en poupe. Les mesures de Trump s’inscrivent dans ce tournant. Poutine, Trump, Xi Jinping, Netanyahou, la droite et le patronat en général sont complices : ils défendent la même politique, mais sont en guerre pour le partage des profits. Cette guerre n’est pas la nôtre.

Notre réponse est la solidarité entre les peuples, la justice sociale, féministe et écologique, la décroissance et la souveraineté alimentaire. Nous restons mobilisé·e·s et prêt·e·s à actionner tous les leviers qui vont dans le sens de la justice sociale, de la liberté, de la paix, de l’égalité et de la solidarité, valeurs que nous ne sommes pas seul-e-x-s à défendre. Le camp radical de l’émancipation est large, mais aujourd’hui encore dispersé. Ensemble, uni·e·x·s, il est possible de donner une chance à notre exigence de justice sociale.

Position de solidaritéS adoptée en AG le 26 août 2025