Votations 13 juin 2021 - Notre point de vue

Votations 13 juin 2021

Nos arguments et consignes pour ces votations :

Initiative pour une Suisse libre de pesticides de synthèse:  OUI

Cette initiative est le fruit d’engagement de citoyen-ne-s actifs/tives dans la protection de l’environnement et la production bio, dont beaucoup sont issu-e-s de la région neuchâteloise au départ. Elle vise l’interdiction des pesticides de synthèse dans l’agriculture, la production de denrées alimentaires, l’entretien des espaces verts publics et privés. L’importation de denrées alimentaires produites à l’aide de pesticides de synthèse ou contenant de tels pesticides sera aussi interdite. La mise en oeuvre est prévue sur un délai de 10 ans. Les grandes organisations paysannes sont le fer de lance de l’opposition à ces initiatives, mais Uniterre (syndicat paysan) se prononce pour la liberté de vote.

SolidaritéS appelle à voter OUI.  Les pesticides de synthèse sont des poisons aux impacts très négatifs sur la santé de tout le monde. Ils sont dommageables pour la biodiversité et la qualité des sols. Beaucoup d’exemples dans le monde ont démontré que leur usage n’assure pas une production durable et suffisante. Les importations sont également visées, avec raison. Le délai de 10 ans devrait permettre à l’agriculture de s’adapter à un mode de production plus durable.

Loi fédérale loi Covid 19:  OUI

Face à la pandémie, le Conseil Fédéral a pris toute une série de mesures de soutien à l’économie et les a prolongées. Ces mesures ont été inscrites dans une loi urgente, limitée dans le temps. C’est cette loi que conteste par référendum un curieux comité intitulé « les amis de la constitution » formé de membres plutôt proches du monde des entrepreneurs, également actif dans l’initiative « Stop à la vaccination obligatoire ».

Face au Covid, des mesures extraordinaires, telles les indemnités en cas de réduction de l’horaire de travail (RHT), la prolongation des indemnités chômage ou le soutien aux indépendant·e·s, ont été prises, d’ailleurs réclamées et soutenues pas solidaritéS . Elles étaient insuffisantes, pas toujours cohérentes, parfois discutables mais certainement un minimum nécessaire et doivent être maintenues tant que la situation des travailleurs/euses reste fragile. Dire NON à la loi serait un signal de défiance vis-à-vis des autorités dont on ne voit pas bien le sens.

solidaritéS est pour un renforcement des mesures solidaires. Nous appelons à voter OUI à la loi car à situation extraordinaire, mesures extraordinaires. Cela ne remplace ni ne suspend la lutte pour la justice et l’égalité.

Loi sur le CONON

Votée à une large majorité par le parlement, cette loi prétend limiter l’émission catastrophique des émissions de gaz à effet de serre. Ce projet est contesté par deux référendums.

 Un de droite et des entreprises. Pour lui il y a  trop de taxes, ils veulent avoir les mains totalement libres pour le bonheur de leurs profits immédiats. Selon lui, la Suisse ferait déjà suffisamment d’efforts pour la réduction des émissions de CO2.

Un autre, venant de membres de la grève du climat et de solidaritéS. Il considère la loi comme  inefficace, totalement insuffisante et injuste socialement.

Les taxes prévues (sur l’essence et les billets d’avion) n’empêcheront personne de poursuivre un mode de vie sans égard aux émissions de CO2, simplement la vie des plus défavorisés sera encore plus difficile. La loi permet aux propriétaires de reporter les taxes mazout sur les locataires. Rien de contraignant sur la réduction des vols, notamment de courte distance, rien sur la gratuité et le développement des transports publiques qui seuls permettraient une réduction significative de la voiture. La loi compte sur la technologie, en particulier des voitures électriques, pour répondre au souhait des producteurs et importateurs de voitures qui salivent déjà devant ce nouvel immense marché de renouvellement du parc automobile. Pour la réduction des émissions, on repassera.

Les entreprises sont certes appelées à réduire elles aussi leurs émissions, mais à travers un système de marché des quotas d’émission/ mises aux enchères totalement inacceptable. C’est une arnaque à l’origine de scandales à milliards dans l’UE; toutes les grandes entreprises renforceront leurs bureaux d’avocats pour maîtriser les méandres de la loi en vue d’optimiser leurs profits. La possibilité de compenser les émissions à l’étranger dans des projets d’absorption aléatoires est scandaleuse. Les émissions de CO2 produites ici doivent être compensées en Suisse.

Alors que la place financière suisse pollue vingt-deux fois plus que la population, la nouvelle loi ne touchera pas aux activités des banques et  des assurances qui pourront continuer à financer la pollution pour maximiser leurs profits.

La redistribution à la population d’une partie des taxes est de la poudre aux yeux pour faire passer la pilule. Aucune mesure de réduction de la consommation et de la production n’est envisagée, garantie que les émissions continueront comme avant.

La pollution est produite par les plus riches, pour leur bénéfice et leurs intérêts. C’est à eux de financer les nécessaires mesures de réduction. Nous ne cautionnerons pas cette loi alibi, compromis pourri pour se donner bonne conscience.<“https://solidarites.ch/journal/377-2/loi-sur-le-co2-sauvons-le-climat-pas-les-profits/”

Loi fédérale sur les mesures policières:  NON

La crainte des attentats terroristes a permis au Conseil Fédéral de faire passer une loi permettant d’appliquer des mesures policières sévères à des individus dès lors qu’ils seront qualifiés de «  terroristes potentiels » :   restriction de la liberté de mouvement, y compris assignation à résidence; surveillance, fichage et diffusion de données personnelles sensibles y compris de personnes de leur entourage ; renforcement de l’usage de la contrainte. Juge et partie dans cette affaire, la police (fedpol) déciderait elle-même de ces mesures sur la seule base d’indices, sans avoir à constituer de preuves ni passer par un tribunal

Les mesures policières énoncées peuvent s’appliquer à des enfants dès l’âge de 12 ans en contradiction avec la convention des droits l’enfant à laquelle la Suisse a souscrit, hormis l’assignation à résidence qui pourra être imposée à partir de 15 ans.

L’utilisation de termes très vagues ouvre la voie à l’arbitraire contre toute personne ou groupe soupçonnés de se livrer à « des actions destinées à influencer ou à modifier l’ordre étatique. Les militant-e-s engagé-e-s dans la défense des causes sociales tout comme celles et ceux qui alertent contre les menaces à l’environnement ont tout à craindre de cette loi, la police fédérale ayant montré au cours de son histoire que  ces personnes-là sont dans son collimateur.

L’arsenal juridique actuel permet tout-à-fait de prévenir la réalisation ou la préparation d’activités illégales et les autorités policières le font. Nous n’avons pas besoin du renforcement des mesures policières.

Initiative pour une eau potable propre et une alimentation saine : liberté de vote

Cette initiative a été déposée par un comité issu des milieux de la protection de l’environnement et de la production bio. Elle demande que les paiements directs aux paysans soient soumis à des conditions : pas d’utilisation de pesticides, pas d’antibiotiques préventifs ou réguliers, pas d’apport en fourrage extérieur à l’exploitation. Elle bénéficie de soutiens larges (Pronatura, Greenpeace, PS, Verts,…), majoritairement à gauche de l’échiquier politique, mais aussi à droite. Uniterre appelle par contre  à voter non, car rien n’est prévu pour soutenir l’effort demandé par cette initiative aux agriculteurs/trices.

solidaritéS estime que cette initiative vise juste : la dégradation de la qualité de l’eau en Suisse est une menace pour la santé et pour la vie. Mais en désignant comme seuls coupables les paysans, elle exige d’eux qu’ils résolvent ce problème à eux seuls, sous peine de voir leurs subventions supprimées. Sans mesures d’accompagnement, c’est la disparition programmée de toute une partie de la paysannerie. Et ce d’autant plus que l’absence de contraintes imposées aux importations va renforcer celles-ci, tout en n’assurant pas une alimentation saine.

C’est cette situation complexe qui nous amène à la liberté de vote. Un oui le 13 juin enverrait un signal fort pour l’arrêt des pratiques les plus polluantes et malsaines en agriculture. Mais pour nous qui sommes partisans de la souveraineté alimentaire, la solution doit se concentrer sur le développement d’une agriculture à taille humaine avec des pratiques écologiques et non par le recours au marché de l’importation. A chacun-e de peser le pour et le contre, et de voter OUI ou NON selon sa sensibilité et conviction. Ce n’est pas un vote blanc, car la question est importante et appelle bel et bien une réponse.

solidaritéS Neuchâtel, 30.04.2021