Exportations horlogères, la course contre la montre

Comment va réagir l’horlogerie helvétique à la hausse des taxes douanières à 39 %, décidées par Trump ?

Avant de s’apitoyer sur le sort de cette industrie, il faut regarder ses résultats ces 25 dernières années.
Un premier constat, ce n’est pas un secteur sinistré. Les exportations montrent au contraire une industrie en pleine expansion, en particulier du côté des USA. En 2024 le total des exportations horlogères est de 25.9 milliards FS.
Principal débouché les USA (4.4 mia FS), suivis par la Chine (2.1 mia) et Hong-Kong (1.9 mia).
La croissance totale des exportations horlogères entre 2000 et 2024 a été de 152 %. Celle avec les USA a été de +137 %, 2020-2024 a été la période la plus forte (+120%). Donc le secteur ne se porte pas vraiment mal, les affaires étaient même florissantes.
D’où la stupeur. Trump n’était-il pas l’ami des riches ?
L’horlogerie n’est pas un production ordinaire, elle doit être plutôt perçue comme un produit de luxe au sens large du terme, et ne peut donc pas se passer des marchés où prolifèrent les millionnaires.
Observons aussi qu’une telle croissance n’a pas été accompagnée par une hausse comparable des salaires. Ce sont exclusivement les actionnaires et les patrons horlogers qui ont profité de ces nouveaux marchés.

Il ne semble pas approprié devant dans une telle situationd’appeler à «défendre l’industrie suisse», c’est à dire à défendre les patrons qui sont fortement enrichis durant les 25 dernières années.
Cynique l’appel à «partager les sacrifices» maintenant. Ont-ils «partagé» les bénéfices durant ces 25 dernières années ? Alors, plutôt que de leur proposer de nouvelles aides (baisse fiscales, subventions, etc), demandons leur de vivre sur leurs réserves, et de faire passer leurs actionnaires à la caisse. Le risque ne fait-il pas partie de l’ADN du capitalisme ?
Pendant que les exportations augmentaient fortement, tout comme les profits, les milieux patronaux ont justifié au nom de la«compétitivité» de l’industrie d’exportation une faible progression salariale, la non-compensation intégrale du renchérissement, l’augmentation de l’âge de la retraite, les coupes budgétaires, les réductions d’impôts pour les capitalistes.

Des partisans du patronat helvétique se sont réjouis de la Victoire de Trump. Qu’ils en assument maintenant les conséquences. Une grande contradiction n’est pas assumée par les partisans du libéralisme extrème. Trump emploie la puissance publique de l’État pour imposer des taxes douanières. Il ne laisse le marché «libre» et la concurrence agir. Pourquoi d’autres Etats n’utilisent pas aussi en retour leur propre puissance étatique ?

Un fonds public industriel souverain, financé par un impôt sur les grands groupes exportateurs, serait une meilleure proposition pour permettre une reconversion des emplois menacés par cette guerre inter-capitaliste.

Exportations horlogères en millions de FS
José Sanchez, source: Fédération horlogère suisse 2024

Sources : Fédération horlogère suisse 2024