Prise de position de solidaritéS
Contre la dystopie de la petitesse
NON à l’initiative UDC « Pas de Suisse à 10 millions »
La dernière initiative de l’UDC, qui vise à plafonner le nombre d’habitant·e·s en Suisse à 10 millions, prétend répondre aux problèmes environnementaux, de soins, de logement, d’infrastructures de transport et de protection sociale. Or, elle ne résoudrait en rien ces problèmes ; au contraire, elle les aggraverait en perpétuant une vision de la Suisse fondée sur l’exclusion raciste et classiste, l’accumulation des richesses et des privilèges, et la subordination des femmes.
Une fois de plus, le 14 juin prochain, la partie de la population suisse qui a le droit de vote est appelée à se prononcer sur une initiative xénophobe et anti-pauvres qui veut sortir la Suisse des accords internationaux garantissant la libre circulation, les droits humains ou encore le droit d’asile. Ce but n’est pas nouveau. Cette fois-ci, il se présente sous les habits d’un discours prônant la durabilité. C’est une nouvelle version des multiples initiatives que la Suisse a connu ces cinquante dernières années. Ce qui rend l’actuelle initiative de l’UDC peut-être plus dangereuse, c’est le contexte politique international marqué par la montée des forces d’extrême-droite et l’affaiblissement des normes et des mécanismes qui protègent les droits des moins puissant·e·s : les personnes exilées, les femmes, la nature, etc. Voici pourquoi cette initiative doit être rejetée :
- L’initiative désigne les personnes exilées comme boucs émissaires. Or, ces personnes ne représentent qu’une petite partie de l’immigration et de la population en Suisse, et elles ne sont responsables ni de la crise du logement, ni de celle du climat, ni de l’augmentation des primes d’assurance-maladie. C’est la majorité de droite dans les parlements et gouvernements qui s’oppose à toute réponse juste à ces problèmes afin de protéger les intérêts des riches et des puissant·e·s.
- L’initiative demande implicitement aux femmes suisses d’avoir plus d’enfants. Selon le texte de l’initiative, la limite de 10 millions pourrait être augmentée uniquement en raison d’un excédent de natalité. Or, il est déjà clair aujourd’hui que le vieillissement de la population et le manque de travailleuses·eurs dans certains secteurs économiques et sociaux nécessitent plus de jeunes. Si cela n’est plus possible par le biais de l’immigration, cela devra passer par une augmentation de la natalité. C’est un premier pas vers des politiques régressives en matière de droits reproductifs, comme nous le voyons sous les gouvernements masculinistes de Poutine en Russie et d’Orbán en Hongrie.
- L’initiative nie la responsabilité de la politique suisse d’agir contre le changement climatique. En attribuant les problèmes environnementaux à l’immigration, elle masque la principale cause du changement climatique : l’accumulation capitaliste. Elle mobilise et renforce ainsi les mêmes hiérarchies racistes, classistes et sexistes qui servent à justifier la destruction de la planète et des vies.
- L’initiative entraînerait la fin du contrôle des salaires et des conditions de travail. Les accords bilatéraux de libre-circulation avec l’UE seraient dénoncés (c’est un des buts de l’initiative). Les mesures de contrôle syndical feraient place à la dérégulation et aux inégalités
Imaginons une Suisse plafonnée à un chiffre arbitraire et rigide de 10 millions d’habitant·e·s, hermétique aux dynamiques du monde, à la circulation des idées et du potentiel humain, enfermée dans un discours de la petitesse, figée dans une image de soi blanche, riche, bourgeoise et patriarcale. C’est une dystopie !
Imaginons que, au lieu de mobiliser nos forces pour combattre cette dystopie, nous puissions utiliser notre créativité, nos liens communautaires et notre diversité pour construire des futurs désirables. C’est aussi cette énergie imaginative, nécessaire à la construction d’un monde alternatif, qui est attaquée par l’initiative de l’UDC.
C’est pourquoi nous espérons que le NON du peuple et des cantons à cette initiative sera clair et net.