Etat d’urgence et grèves en Bosnie face au plan d’ajustement structurel du FMI

Etat d’urgence et grèves en Bosnie face au plan d’ajustement structurel du FMI



Après avoir octroyé un
prêt de 3 milliards d’euros à la Serbie en mars
dernier, le FMI a garanti le 14 mai un crédit à
3 % notamment à la Bosnie-Herzégovine (BH), mais
pas à l’Albanie : celle-ci, alors à la
veille d’élections, a décidé de refuser les
mesures d’ajustement structurel conditionnant le crédit.


Le premier ministre albanais Sali
Berisha (dont le parti de centre droit espérait bien gagner les
élections du 28 juin) a estimé que « le FMI
crée plus de problèmes qu’il n’en
résout en période difficile »…  Il
faut dire que tous les sondages plaçaient en haut des
préoccupations populaires en Albanie (comme ailleurs…) le
chômage et la pauvreté.

Démantèlement social et résistances…

Le gouvernement de Bosnie-Herzégovine (BH) a fait le choix plus
risqué d’accepter les exigences du FMI. Il risquait quant
à lui une cessation de paiement de ses administrations
publiques, face à la chute de ses recettes fiscales
associée à la récession. Il va donc recevoir un
prêt de 1,2 milliard d’euros sur les trois prochaines
années (2/3 allant à l’entité
croato-bosniaque, appelée « la
Fédération » ; et 1/3 à la Republika
Srpska, entité serbe). Mais le pays est dans une situation
explosive, de tous côtés…
    C’est la Fédération
croato-bosniaque qui est sous la plus forte pression du FMI mais
également confrontée à une contestation sociale et
politique majeure de la gestion de son gouvernement. Or celui-ci a
promis au FMI, pour recevoir ses subsides, de réduire ses
dépenses budgétaires de 207 millions d’euros
(contre 73 pour la RS et  20 pour le budget de l’Etat
central). Il s’agira de réduction des salaires des
fonctionnaires, des retraites et des prestations sociales allant
notamment aux victimes de la guerre et aux anciens combattants. Dans un
pays qui pleure encore les 100 000 morts des années 1990, et
où le chômage « avant la crise »
(si l’on ose dire) était supérieur à 40% et
où il vaut mieux être chauffeur d’une institution
internationale qu’enseignant, les mesures
d’austérité annoncées sonnent comme de
vraies provocations.

Nouveaux risques d’éclatement

Quant à l’entité serbe (la RS), son premier
ministre Milorad Dodik est sous le coup d’une plainte pour
détournement de 74 millions d’euros ; ce qui
n’arrange rien au conflit majeur persistant  concernant le
partage des responsabilités entre pouvoirs élus des
entités et gouvernement central, doublé de la
confrontation majeure avec le Haut Représentant international
(OHR). Les uns et les autres se réclament de la constitution de
Dayton de 1995 – puisque celle-ci (mettant fin à une
guerre sans vainqueurs…) était éminemment
contradictoire : une Bosnie
« souveraine » était reconnue, mais
aussi des « entités » autonomes
définies sur des bases ethniques et ayant le droit de rapports
spécifiques avec les pays voisins… Et pour maintenir ensemble
ce « tout », des troupes internationales au
sol et un Haut Représentant nommé par l’ONU (OHR).
Cette fonction devait être supprimée en 2007, mais les
risques d’éclatement du pays demeurant, un nouvel OHR a
été désigné en mars dernier, le diplomate
autrichien Valentin Insko qui représente  également
l’UE. Ce quasi proconsul détient les pleins pouvoirs de
démettre des élus (ce qu’il a fait à
plusieurs reprises en RS) s’il les juge inopportuns et de
modifier les lois…
    Face à la crise mais aussi dans la
perspective de négociations avec l’UE qui consolideraient
un Etat central unifié, tous les efforts (imaginable par un
proconsul…) ont été déployés, non pas
pour donner une cohésion sociale au pays, mais pour
réduire les pouvoirs des entités au profit du
gouvernement central (notamment au plan de la police). Mais
l’Assemblée de la RS a ouvertement résisté
à la perte de ses prérogatives –
l’indépendance du Kosovo ayant encore fait monter la
tension et les menaces de referendum
d’autodétermination… Et elle a adopté le 13 mai
une résolution exigeant de l’OHR qu’il cesse de
licencier des fonctionnaires locaux et de transférer des
responsabilités aux pouvoirs centraux…
    Le gouvernement de Bosnie vient de
décréter l’état d’urgence. La
confédération des syndicats indépendants de
Bosnie-Herzégovine (BH) a répliqué en appelant les
diverses confédérations internationales et
européennes à une solidarité face à
l’ouverture d’une période de grèves visant de
plus en plus clairement la chute de l’actuel gouvernement –
avec grève générale d’avertissement le 26
juin… Elle semble avoir été bien suivie, avec
annonce de reconduite la semaine prochaine…

Catherine Samary