A bas la Nespression

«Le modèle humain, au cœur de la philosophie de la marque caractérise l’approche de Nespresso.»
Communiqué de presse, Nespresso Professionnel, 6.2.2018


François Graf – Strates

En 2017, Nespresso a ouvert plus de 120 nouvelles boutiques dans le monde. Il y a une semaine, Nestlé a déboursé 7,15 milliards de dollars pour pouvoir commercialiser des produits de Starbucks Coffee. Le négoce du café est en pleine expansion et le géant suisse en devient le roi. Depuis l’implantation des usines Nespresso, la Suisse est même devenue le premier exportateur mondial de café torréfié.

Quand humain égale client

Manifestement dans le modèle prétendument «humaniste» de Nespresso, les plus de 1000 employé·e·s de trois usines en Suisse n’entrent pas dans la définition du mot «humain» qui est strictement réservée aux grands clients commerciaux. La semaine dernière, la direction a présenté une modification des horaires de travail. Les rotations par groupes de 5 × 8 heures, seront alors réduites à 4 × 8 heures. En clair la durée de travail hebdomadaire passera de 41 à 43 heures – avec des pointes jusqu’à 58 heures – soit une hausse du temps de travail de 4,65 %, équivalant à une perte de 13 jours de congé sur l’année. Cela aurait un impact direct sur la vie et la santé du personnel: une cadence qui rendra la vie familiale pénible, fera passer un weekend sur deux au boulot et octroiera moins de repos, le tout sans la moindre récompense.

Une mobilisation de bouche à oreille

Selon un membre du personnel, dans les trois usines concernées de Romont, Orbe et Avenches «Il y a une grosse révolte contre les nouveaux horaires» mais «très peu de collègues osent le dire et encore moins osent prendre le devant par peur du licenciement». La mobilisation d’une cinquantaine d’employé·e·s devant le siège de Nespresso à Lausanne ce mercredi 15 mai, avec le soutien d’UNIA, a été donc organisée de bouche à oreille. La délégation du personnel et les syndicalistes ont été réceptionné·e·s par la direction debout, dans le hall d’entrée sans être entendu·e·s. Selon Abdeslam Landry, secrétaire syndical, «C’était un dialogue de sourds qui n’a rien donné, la présence du syndicat pour la suite des négociations a été refusée par la direction». Le lendemain de la mobilisation, des assemblées du personnel seraient organisées dans les trois usines.

Ruissellement?

Comme l’a rappelé le militant de solidaritéS Vaud Pierre Conscience lors du rassemblement, «Le Conseil d’Etat, Maillard et Broulis en tête, veut baisser de moitié l’imposition de bénéfices des entreprises (RIE 3), sous prétexte que ces privilèges fiscaux se reporteraient sur l’emploi et les salaires. La lutte déterminée et courageuse des salarié·e·s de Nespresso est là pour prouver que cette ‹ théorie du ruissellement ›, c’est du vent et que les salarié·e·s ne peuvent compter que sur la mobilisation pour imposer leurs revendications.»

Dimitris Daskalakis Aurélie Gay