Réquisitionner pour survivre

Le vendredi 29 mai dernier, la place Bel-Air à Lausanne était en ébullition dans le cadre d’une action pour le droit au logement. 

Action Sleep in, Lausanne, 2 juin 2020
Mardi 2 juin, l’association Sleep-In a déployé 212 couvertures et sacs de couchage sur la place de la Riponne, symbolisant le nombre de places que le Canton doit actuellement maintenir sur Lausanne.

«La verrue de Bel-Air ». Voici le petit nom de cet immeuble désaffecté depuis une décennie et ses 1200 m2 laissés pour compte. Au regard de la situation critique de nombreuses personnes sans-abri, le collectif Le Coffre l’a investi en soutien à l’appel de l’Association Sleep-In. Celui-ci demande au Conseil d’État vaudois de maintenir en place les 212 lits mis à disposition durant la crise sanitaire, au lieu de fermer ces structures le 31 mai, ce qui ramène le nombre de places à 57 seulement.  

La police a rapidement été déployée, ne laissant aucun espace à la négociation. Un large comité de soutien s’est mobilisé sur la place. Malgré l’attitude pacifique des personnes présentes, des affrontements ont eu lieu avec les forces de police. Nouvelle preuve que la répression des mouvements sociaux en général se durcit actuellement. Désirant éloigner la foule, la police l’a repoussée sur le carrefour de la place qui a été occupé par les activistes jusque tard dans la nuit.

De l’argent, il y en a

Dans le cadre de la crise, diverses mesures politiques et économiques ont été mises en place pour soutenir la population en proie à des difficultés financières et sociales. Or, il ne faut pas s’attendre à ce que ces dernières disparaissent avec le virus. Le déblocage rapide et monumental de ressources visant à soutenir l’économie capitaliste démontre que l’État dispose des moyens nécessaires à la mise en place d’un État plus social. Et que ne pourrait-il pas faire avec un système d’imposition plus équitable ? De l’argent il y en a ! Il est temps pour nos gouvernements de prendre en charge les responsabilités qui leur incombent. Contraindre la population à s’enliser dans la précarité est intolérable, au même titre que de laisser vides de potentiels logements au nom de la spéculation et de la propriété privée. 

Le droit à un niveau de vie suffisant et notamment à un logement convenable font partie des droits fondamentaux stipulés dans la Déclaration des droits de l’homme ainsi que dans la Constitution suisse. Il est honteux aujourd’hui, dans un des pays les plus riches du monde, de devoir lutter pour l’accès à un lit pour la nuit dans une structure d’accueil d’urgence, qui est bien loin de remplir cet impératif. C’est aussi cela, que l’action du Coffre a rappelé.

Clara Almeida Lozar