Piscines pour touxtes: victoire d’étape
En mai dernier, la droite genevoise a interdit le port des maillots couvrants dans les piscines publiques. En juillet, la justice a suspendu cette loi liberticide en attente d’une décision sur le fond.

À Genève, la bataille pour le droit de se baigner en portant le maillot de son choix dans les piscines publiques (baignade inclusive) n’est pas finie. Si en Ville de Genève, depuis 2023, les piscines sont accessibles sans discrimination, ce n’est pas encore le cas partout (la décision relevant du niveau communal).
Ainsi, à Thônex, une coalition composée d’associations féministes et antiracistes, ainsi que de personnes concernées, a déposé à l’automne 2025 une pétition réclamant un changement de règlement ↗. À Meyrin, une initiative similaire était en train d’aboutir.
Attaque islamophobe à peine déguisée
Entre-temps, la droite au Grand-Conseil s’est saisie du sujet et a déposé un projet de loi interdisant sur tout le canton le port de vêtements longs dans les bassins publics du territoire. Il était initialement fait ouvertement mention d’une interdiction du burkini. Un amendement du parti du Centre a permis de (mal) maquiller cette attaque raciste en autorisant seulement les maillots d’une ou deux pièces «laissant les bras nus et arrivant au-dessus du genou».
Or, les raisons pour vouloir porter des maillots de bain couvrants sont nombreuses: se protéger du soleil, en particulier problèmes de peau ou cicatrices, crainte de subir de la grossophobie, pudeur, raisons religieuses, habitude, avoir accouché ou subi une opération, être en transition, etc.
Sur la base de faux postulats – scientifiquement infirmés – d’hygiène (les maillots longs seraient davantage porteurs de germes) et de sécurité (ces maillots empêcheraient davantage les sauvetages), la droite a utilisé cette loi comme outil islamophobe, touchant au passage une large part de la population. Au moment de la mise en place de la loi en mai dernier, il a été constaté que cette interdiction concernait même les enfants portant des maillots longs anti-UV.
Une première victoire
Les associations mobilisées pour l’accès inclusif aux piscines publiques – îlots de fraicheur salutaires au cours d’étés de plus en plus caniculaires – ont déposé un recours pour dénoncer la discrimination et l’atteinte à la liberté que constitue cette loi.
Plusieurs communes (Vernier, Meyrin, Carouge, Lancy et la Ville de Genève) ont également fait recours, dénonçant l’incompatibilité de la loi avec leurs objectifs de santé publique.
En juillet, une victoire d’étape est venue soulager les personnes interdites de baignades durant ces semaines de fortes chaleurs: la justice a suspendu la loi en attente d’une décision sur le fond. La décision juridique finale sera cruciale pour la suite de la mobilisation, qui de toute façon ne cessera pas jusqu’à ce que l’accès à l’eau soit garanti pour toutes et tous, sans distinction.
Aude Martenot