Matériel de guerre

Non à une loi dictée par l’industrie de l’armement!

Le 29 novembre, la population suisse se prononcera sur une modification de la loi sur le matériel de guerre (LFMG). Entre non-respect de la démocratie et intervention de la bourgeoisie sous la Coupole, le débat touche directement à la complicité de la Suisse dans la perpétration de crimes contre l’humanité – prolongeant donc le débat sur la neutralité.

Martin Pfister en visite à l’usine d’armement Rheinmetall de Zürich
Le Conseiller fédéral Martin Pfister en visite à l’usine d’armement Rheinmetall de Zürich en compagnie de la ministre de la défense autrichienne, 6 juillet 2026.
DDPS

Fin novembre, nous voterons sur un assouplissement de la loi sur le matériel de guerre (LFMG). Depuis l’entrée en vigueur du contre-projet à l’«initiative correctrice» en 2022, les forces bourgeoises mettent la pression au Parlement pour assouplir la loi sur les exportations d’armes. Cette nouvelle loi balaie non seulement les acquis du contre-projet, mais supprime également toute forme de contrôle sur les exportations d’armes suisses. Elle illustre ainsi le refus de la bourgeoisie de toute régulation et intervention publique: s’il s’agit d’un principe du dogme libéral, il se traduit ici pas un pas de plus dans la complicité avec des crimes de guerre.

Un business de guerre fait d’exceptions aux règles  

Cette révision comporte trois modifications majeures. Premièrement, la suppression de la clause de non-réexportation, qui empêche les armes suisses de finir dans des zones de guerre. Proposée au nom du soutien militaire à l’Ukraine, la droite a finalement expressément exclu cette dernière de la loi pour s’assurer du soutien de l’UDC. L’argument de l’Ukraine n’a donc été utilisé que comme un prétexte pour permettre une libéralisation totale des exportations d’armes. 

Cette nouvelle brèche augmente considérablement le risque de transferts de matériel militaire suisse vers des groupes terroristes ou des régimes qui bafouent les droits humains. Les États-Unis faisant partie des principaux acheteurs d’armes suisses, la probabilité est réelle qu’ils les transfèrent ensuite à l’armée israélienne, qui les utilisera dans le génocide à Gaza. De même que le risque de voir des armes suisses finir entre les mains des criminelles Forces de soutien rapide au Soudan par l’intermédiaire des Émirats Arabes Unis.

Deuxièmement, cette nouvelle loi souhaite permettre à une liste d’États de recevoir du matériel militaire suisse même en cas d’implication dans un conflit armé. Sur cette liste figure actuellement la majorité des pays européens ainsi que les USA et l’Argentine. Le Conseil fédéral peut déjà y ajouter d’autres pays à sa guise: cet été, il a même fait passer le nombre d’États de 25 à 36! Cela va à l’encontre de tous les principes de neutralité et de responsabilité internationale: en soutenant militairement un belligérant, la Suisse participe aux guerres.

Finalement, une compétence dérogatoire pour le Conseil fédéral serait instaurée. En plus des nouvelles règles excessivement laxistes, ce dernier pourrait décider d’envoyer directement du matériel militaire à n’importe quel pays, sans avoir besoin de l’aval du Parlement.

Un marché faussement en berne 

Évidemment, ces modifications ne tombent pas de nulle part. Dès 2022, la droite a commencé son travail de démantèlement de la LFMG. Son argument: les pays alentours ne veulent plus commercer avec la Suisse, car nos règles sont trop strictes. Pourtant, les chiffres d’exportations d’armes ne font que grimper. En 2025 l’industrie de l’armement a réalisé la deuxième meilleure année de son histoire. Les premiers chiffres de 2026 s’annoncent encore meilleurs. Son lobby est quant à lui surreprésenté au sein du Parlement: Swissmem et l’Alliance sécurité, les deux principaux acteurs du domaine, se sont même vantés d’avoir rédigé le nouveau texte de loi!

Pour défendre cette nouvelle loi, Swissmem prétend que l’industrie suisse de l’armement serait au bord de l’effondrement et que sans cet assouplissement, de nombreux emplois seraient supprimés. Pourtant, comme le montrent les chiffres, la période est particulièrement faste. Loin d’émaner d’une préoccupation soudaine pour le sort des travailleur·ses, cet argument n’est qu’une menace que la droite brandit dès que l’on essaye de faire passer les vies humaines avant le libre marché et les intérêts du patronat. 

Quand il s’agit de se battre sur le terrain contre les licenciements massifs ou pour défendre les conditions de travail, les mêmes qui prétendent vouloir sauver des emplois sont soudainement bien muets. 

Ne nous laissons pas berner par ces arguments: pour l’industrie de l’armement, l’objectif de cette révision est bien de profiter pleinement de la tendance mondiale au réarmement et des guerres qui secouent le globe.

Le vote sur la modification de la LFMG aurait même dû avoir lieu en même temps que l’initiative sur la neutralité. Mais à la suite de fortes pressions du lobby de l’armement, la votation sur la LFMG a été décalée pour éviter que les questions de neutralité et d’exportations d’armes soient débattues ensembles. Comment l’UDC aurait pu faire voler sa colombe de la paix, tout en soutenant l’envoi d’armes à des régimes génocidaires?

Mobilisons-nous en masse ce 29 novembre contre une loi dictée par l’industrie de l’armement, qui nous rend directement complices des guerres et génocides!

Pauline Schneider   Rayyân Rehouma
secrétaires politiques du GSsA