Ces raisons de lire et diffuser ce journal vont vous surprendre

Il y a bientôt un quart de siècle naissait le journal que vous tenez entre vos mains (ou lisez sur un écran). Son utilité, son contenu et ses modes de diffusion sont régulièrement débattus dans notre mouvement. Quelques éléments pour poursuivre le débat. 

Distribution du journal solidaritéS
La distribution de notre journal devrait être une tâche militante prioritaire. Stand de campagne, Lausanne, 14 février 2026.

Le no 1 de la «nouvelle formule» du journal solidaritéS est publié en janvier 2002. Il succède aux bulletins que publiaient les sections genevoises et neuchâteloises. Le sous-titre de la publication est à l’époque Le socialisme par en bas. Le titre de une du numéro: «Palestine: halte à l’apartheid»…

«Contribuer au renforcement d’un mouvement politique à vocation nationale […] mais aussi être un instrument et un relais au service des luttes sociales» et «œuvrer à la recherche de réponses nouvelles aux questions originales de notre temps»: c’est l’ambition qu’affiche l’édito de ce numéro inaugural.

Au titre du «renforcement», le Comité éditorial du journal, qui se réunit chaque semaine, a parfois été la seule instance interrégionale de notre mouvement en fonction. À celui de «recherche», c’est plus de 10000 articles publiés! Si la pagination et le rythme de publication ont un peu baissé depuis (24 voire 32 pages toutes les deux semaines au début!), les objectifs sont inchangés. 

Penser. Mobiliser.

Le journal continue d’être un hybride, entre un bulletin qui rend compte ou alimente nos luttes concrètes de terrain et une revue théorique light qui contribue à préciser nos orientations politiques et notre compréhension du fonctionnement du système honni qui dirige le monde. Ce contenu est régulièrement débattu. Certain·es camarades souhaiteraient lire des articles plus courts et mobilisateurs, d’autres voudraient que les articles s’allongent. Les critiques sur le suremploi de jargon et la complexité des articles sont régulières.

En 2018, un texte adopté instaurait une nouvelle «nouvelle formule» qui établissait un fonctionnement plus collectif du Comité éditorial, réduisait la pagination à 16 pages et introduisait une nouvelle maquette avec une mise en page plus flexible – toujours en vigueur. La nouvelle version devait contenir des articles «plus clairs, plus courts», mais cet objectif n’a jamais été atteint, car il implique une multiplication des auteur·ices à contacter et accompagner.

En 2019, une Conférence interrégionale de solidaritéS adoptait le texte «Pour un journal adapté à ses conditions de production et qui s’intègre à nos différents canaux de diffusion» qui précisait le fonctionnement et le contenu du journal et actait l’engagement d’un·e coordinateur·ice – poste qui n’a pu être financé que durant trois ans. Les sites internet du mouvement ont aussi été intégralement revus techniquement et graphiquement à cette époque. 

Diffuser

Lors de ces débats internes, la question du maintien d’une version papier a systématiquement été posée. À chaque fois, malgré le coût substantiel de celle-ci pour notre mouvement, elle a été plébiscitée. La possibilité de distribuer ce qui est de fait la carte de visite de notre mouvement lors des événements et le lien qu’il crée avec nos abonné·es sont les principaux arguments en faveur du papier. Plus prosaïquement, le fait que la deadline du bouclage oblige le Comité éditorial à finaliser, parfois dans des conditions rocambolesques, l’ensemble des articles qui composent un numéro, favorise indéniablement la production de «contenu».

Mais que signifierait l’abandon du papier ou même d’une mise en page en pdf, où les articles rejoindraient dans un flux le reste de la production de contenu de notre mouvement, communiqués, tracts, vidéos…? À l’heure où les journaux perdent des lecteur·ices , entre autres parce que leur lecture n’offre pas des doses aussi élevées de dopamine que les réseaux «sociaux»; à l’heure où les sites internet de médias voient leur fréquentation baisser parce que les résumés IA rendent leur consultation superflue, le pari du tout-numérique semble presque plus risqué qu’il y a quelques années, où l’éclosion d’internet puis des réseaux sociaux semblaient rendre possible une large diffusion de nos publications. 

Si la diffusion de nos orientations politiques et l’amplification de nos luttes ne s’appuie plus sur la figure mythique de la militant·e «de base» qui vendait le journal du parti à la criée, nous devons nous interroger sur les nouveaux canaux à notre disposition. Propriété de milliardaires, les plateformes dominantes censurent clairement le contenu politique – de notre camp social. Des critiques sur leur structure même et des effets que celle-ci produit, évoquons celui de l’oubli permanent: un flux continu dans lequel chaque gratification chasse la précédente. Dans ce cadre, nous pouvons au mieux répandre quelques grains de sable, indignations mobilisatrices qui déboucheront peut-être sur un engagement. Mais le travail d’organisation nécessite un long travail d’élaboration stratégique qui se nourrit de la mémoire militante

Le long travail de construction d’une organisation qui prend au sérieux la tâche de faire progresser et converger les luttes socialistes, féministes, écologistes et antiracistes (et toutes les autres) ne peut se faire qu’en assemblées démocratiques et par des discussions qui s’appuient, entre autres sur des textes, publiés par exemple dans un journal, dans la grande tradition de la presse militante. 

La rédaction