La canicule avant la tempête
Près de 100 organisations ont répondu à l’appel «Pas d’étés à 50°C!». C’est un premier succès, qui ne garantit cependant pas une forte mobilisation populaire…

Quand l’été sera passé, seront-nous seulement soulagé·es? Non. Les responsables politiques n’ont pas répondu à l’urgence et encore moins préparé les prochaines. 20% d’arrivées aux urgences en plus, des vendages anticipées d’un mois, des cours d’eau surchauffés puis asséchés, un travail devenu dangereux pour les corps dans la fournaise… Quand cet été sera passé, il y aura tous les suivants, et des pires encore!
C’est l’absence complète de réaction politique, y compris des partis de gauche, qui nous a décidé à lancer l’appel à une coalition «Pas d’été à 50°C!» au début de l’été. Depuis, cette coalition a agrégé plus de 70 organisations. Elle publie cette semaine un manifeste publié dans ce numéro et appelle à des mobilisations qui s’annoncent fortes, y compris jusqu’en Suisse alémanique.
Le 24 août, 50000 personnes étaient dans les rues à Stockholm pour le climat. Un signe encourageant.
Cette coalition a malgré tout ses limites. Elle n’est encore que constituée «par le haut». 70 organisations c’est beaucoup, mais ça ne garantit pas des mobilisations de masse et des revendications populaires.
De plus, elle court le risque d’être une coalition relativement consensuelle, qui peine à dépasser ce que les derniers mouvements ont atteint: quelques taxes, pas de lutte contre le rôle de la place financière suisse, pas de mesures «trop radicales» comme la gratuité des transports publics. Pour nous, pas question d’en rester là.
Du côté des autorités, nous avons surtout vu les reculs. Sous la pression, le Conseiller fédéral des lobbies des énergies fossiles Albert Rösti propose de débloquer quelques millions, très en-dessous des besoins réels, tout en poussant pour le retour du nucléaire et l’extension des autoroutes. Dans le canton de Vaud, le Grand Conseil a complètement détricoté la modeste loi sur l’énergie.
Dans ce contexte, il faut de larges mobilisations populaires. Notre première tâche est de continuer à construire ce cadre unitaire et de le pousser vers des revendications anticapitalistes.
Notre deuxième tâche est d’utiliser cette fenêtre pour détacher le plus grand nombre de son adhésion à la société capitaliste. Partir de l’urgence vécue dans les chairs mais aussi dire toute la vérité, radicale, de la nécessaire sortie du capitalisme. Il faut d’urgence fermer le robinet des énergies fossiles pour limiter le réchauffement climatique et nous permettre de nous adapter. Prendre l’argent là où il est (place financière, super-riches, etc.), planifier la transition par un investissement massif dans les services publics, socialiser les moyens de production.
Troisième tâche, aider à la construction de comités de lutte partout où cela est possible pour que le plus grand nombre se saisisse de la fenêtre des manifestations annoncées (19 septembre à Genève et Lausanne) et se mette en lutte.
Le mouvement de la jeunesse de 2019 pourrait tout à fait renaître dans les lieux de formation. Des associations de quartier pourraient défendre le droit au logement ou à des lieux vivables en période de canicule.
Nous devons aussi aider nos collègues sur nos lieux de travail à se saisir de cette fenêtre, faire l’expérience de l’auto-organisation et obtenir des avancées, même petites, comme obliger l’employeur à rafraîchir les locaux de travail, pour que notre santé et nos corps ne soient plus mis en danger.
Guillaume Matthey