France

«Du Reblochon, Pas du  goudron!»

Le projet autoroutier de l’A412 de la multinationale Eiffage, reliant Thonon à Machilly dans la région du Chablais, a débuté ces dernières semaines au mépris de toute considération environnementale. Face à ce projet écocidaire, la population locale se soulève! 

Rassemblement contre l’autoroute A412
Rassemblement contre l’autoroute A412, Lac de Machilly, 26 septembre 2026

Alors que nous venons de vivre un été insoutenable, le gouvernement Macron tente de faire passer en force son projet autoroutier de l’A412. Ce dernier, estimé à 364 millions d’euros et porté par la multinationale Eiffage, souhaite relier Thonon à Machilly. Sensé «fluidifier le trafic», il ne répond pourtant à aucun besoin, si ce n’est celui du profit. 

Détruire malgré les refus

Initialement refusé par le Conseil national de la protection de la nature (CNPN), dont l’autorisation est obligatoire, l’autorisation environnementale a finalement été accordée à Eiffage par le nouveau préfet de Haute-Savoie, entré en poste à peine une dizaine de jours auparavant. Une décision arbitraire qui prouve encore une fois la totale impunité dont bénéficient les multinationales, soutenues par les pouvoirs ultralibéraux et écocidaires, qui tolèrent et encouragent leurs exactions. 

Cette situation ubuesque a évidemment amené les collectifs locaux à déposer un recours. Toutefois, cela n’a pas mis les chantiers à l’arrêt. Eiffage a déjà commencé les travaux sur plusieurs points du tracé et s’est lancé dans une véritable course contre la montre pour raser un maximum d’hectares de forêt afin de rendre tout recours caduque, faute de pouvoir encore protéger quelque chose.

Le vivant et les paysan·nexs à nouveau sacrifié·exs

Les dégâts de cette autoroute sont multiples et constituent une catastrophe pour la biodiversité de la région. Le projet prévoit de goudronner 180 hectares de forêt et de prairie (équivalent à 300 terrains de football), dont 56 de zones humides. Ces dernières constituent pourtant une éponge naturelle contre les inondations et les sécheresses, tout en servant de berceau à une faune et une flore regorgeant d’espèces en voie d’extinction. 

L’augmentation prévue du trafic – 45000 véhicules par jour – créera une hausse de 14% des émissions de gaz à effet de serre et une hausse de 6% de la concentration du dioxyde d’azote dans l’air. Sans oublier les menaces directes sur les nappes phréatiques de la zone avec des dégâts irréversibles sur les sols qui seront imperméabilisés. Tout cela, dans une région du Chablais déjà largement urbanisée.

En plus de la biodiversité, l’A412 menace directement une trentaine de fermes sur son parcours. Le projet prévoit la destruction de 70 hectares de terres nourricières, impactant notamment la production du fromage star de la région, le Reblochon AOP. Face au torpillage de la production agricole, la Confédération paysanne tente de s’opposer à l’utilisation des agriculteur·icexs comme variable d’ajustement d’un projet inutile et écocidaire, qui met directement en danger la viabilité des exploitations et la souveraineté alimentaire dans une région déjà en difficulté. 

Eiffage encaisse, la population trinque

Enfin, c’est bien la qualité de vie des habitant·exs qui sera impactée par cette autoroute. L’augmentation des véhicules thermiques sera concomitante à celle des gaz à effet de serre – chiffrée à 286000 tonnes de CO₂ supplémentaires – et aura un impact direct sur la santé des habitant·exs. Dans cette région, la pollution de l’air est déjà responsable d’environ 500 décès par année (près d’un sur dix). Et cela sans compter les coûts sanitaires directs, reconnus dans les dossiers officiels et estimés à 18 millions d’euros. Pendant qu’Eiffage s’enrichit, c’est la vie des gens du Chablais qui en pâtit.

Construisons la résistance face au béton

L’A412 est ce qu’elle a toujours été dès le départ: le projet d’un ancien monde au mépris de la biodiversité, de la santé des habitant·exs et des agriculteur·icexs. Depuis les années 1970, le modèle du «tout-­automobile» a saccagé les territoires et représente, à l’heure de l’urgence climatique, une cynique perspective. 

Refusant l’accaparement de ce territoire pour le bon plaisir d’Eiffage, la résistance s’organise chez nos camarades de France voisine qui multiplient les mobilisations et se rendent courageusement sur les chantiers pour bloquer les pelleteuses. 

Alors que le démantèlement de la Chab’Zad – la ZAD construite depuis plusieurs mois pour résister au projet – a commencé le 7 octobre, le collectif Stop A412 a plus que jamais besoin de soutien. Cela peut passer par une contribution à la cagnotte commune, par la médiatisation de la réalité sur place et par la lutte contre la désinformation d’Eiffage, mais surtout par la présence sur le terrain, en rejoignant les blocages et les prochaines mobilisations, notamment celle prévue le 10 octobre. 

La lutte s’est intensifiée avec le début des chantiers et ne pourra être remportée qu’avec un véritable rapport de force. Ils ont des pelleteuses, nous avons le nombre. 

À nous de construire collectivement la résistance! 

Luca Califano

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