42 000 personnes dans la rue
Succès d’étape pour «Pas d’étés à 50°C!»
Un renouveau des mobilisations de rue autour du climat a commencé à prendre corps dans quatorze villes suisses ces dernières semaines. Neuchatel a fermé la marche avec des revendications propres. Et maintenant?
Après l’été le plus chaud jamais mesuré, ses canicules hors normes, sa sécheresse interminable, ses orages violents et plusieurs méga-feux en Europe, la rue a riposté face à l’absence de réponse politique à la hauteur des enjeux.
Vendredi 18 septembre, c’est Saint-Gall (500 personnes) qui lançait les manifestations. Samedi 19, Genève (7000) et Lausanne (12 000) ont défilé, puis le lendemain, Fribourg (2000).
Le 25 septembre, les manifestations à Zurich, Berne, Bâle, Baden, Bienne, Zoug, Coire, Thoune, Lucerne et Bellinzone ont rassemblé environ 20 000 personnes.
Enfin, vendredi 2 octobre, Neuchâtel fermait la marche (près de 2000, lire ci-dessous). En tout, ce sont donc plus de 42 000 personnes qui ont défilé pour exiger de protéger le climat et la population.

Un mouvement large
En mettant sur pied en quelques semaines, durant l’été, l’une des plus grandes mobilisations sur ce sujet depuis plusieurs années, la coalition «Pas d’étés à 50°C!» a réussi à remobiliser autour de cet enjeu existentiel et remettre le sujet à l’agenda médiatique. Un premier succès d’étape pour le mouvement qui rassemble désormais plus de 170 organisations, en réponse à l’appel lancé en pleine canicule par solidaritéS. même si, après un tel été, on aurait pu souhaiter encore davantage de monde. Mais pour qu’une mobilisation de rue puisse se transformer en mouvement social capable de peser dans la durée, il faudra donner des suites concrètes à ce premier élan en s’appuyant sur ses réussites et en travaillant sur ses lacunes.
Parmi les succès d’étape à relever pour cette large alliance, on notera son effet d’entraînement sur des organisations qui, sauf exception, n’étaient jusque-là que relativement peu impliquées sur les thématiques climatiques. Par exemple, l’engagement des syndicats et de certaines organisations paysannes dans la coalition est à saluer.
Avec les effets désormais perceptibles de la catastrophe climatique sous nos latitudes, la protection des travailleur·ses face aux événements extrêmes, mais aussi la survie de l’agriculture et des conditions d’existence des paysan·nes, deviennent désormais des enjeux très concrets et immédiats.
Nous devons maintenant œuvrer à ce que les organisations membres de la coalition ne retournent pas simplement à leurs activités habituelles mais restent liées à celle-ci.
Le capitalisme et Rösti en ligne de mire
Qu’en est-il des revendications vues et entendues dans la rue? Si, comme lors des précédentes vagues de mobilisations, certaines pancartes humoristiques voire dépolitisées ont continué de fleurir («Les Bronzés ne feront plus de ski»), le public était beaucoup plus divers et intergénérationnel qu’à l’époque des Grèves du Climat. De nombreux slogans pointaient clairement le capitalisme, les banques et l’obstruction des politiques de droite et d’extrême-droite, notamment à travers la figure d’Albert Rösti, épinglé un grand nombre de fois.
La responsabilité de la place financière et des multinationales suisses a été pointée à de nombreuses reprises. Un rappel toujours nécessaire face aux propos encore tenus dans l’émission «Mise au point» (RTS, 20.09.2026) par Benjamin Roduit (Le Centre), selon qui la Suisse ne peut «rien faire» pour freiner la hausse des températures et par la vice-présidente de l’UDC Céline Amaudruz selon qui la Suisse ne pèserait que pour «1/1000e» des émissions «au niveau de la planète mondiale» (sic). En réalité, si l’on compte nos émissions importées et celles liées à notre place financière et aux multinationales suisses, notre pays influe sur 2 à 3% des émissions mondiales, soit l’équivalent du Brésil ou du Japon. La coalition a d’ailleurs publié une vidéo de réponse ↗ à ce sujet.
Début de la fin pour l’écologie dépolitisée?
Si le manifeste de la coalition fait figurer la «transformation en profondeur du système économique» comme l’un des axes centraux pour réduire les émissions et que la nécessité d’en finir avec les «politiques d’austérité» fait partie des revendications, comment expliquer que celui-ci ait été signé sans hésiter par des organisations ayant souvent refusé de se «mouiller» sur ces questions, sans parler des partis de gauche gouvernementale qui participent parfois à l’accompagnement voire, dans certains cas, à la mise en œuvre de politiques d’austérité?
Nous voulons y voir le signe d’une certaine radicalisation imposée par l’urgence climatique et ses conséquences concrètes. Car lorsqu’on voit les coupes budgétaires fédérales prévues dans les transports publics régionaux ou encore les coupes dans les budgets des soins alors les canicules rendent toujours plus cruciale la prise en charge des personnes vulnérables, il devient évident qu’on ne résoudra les enjeux écologiques qu’en défendant pied à pied les budgets d’investissement et pour les services publics, en faisant payer les principaux pollueurs.
On peut parier qu’à mesure de l’aggravation de la situation climatique et de l’augmentation des tensions sur les ressources physiques et les limites planétaires, plus la clarification opérera et moins l’écologie «dépolitisée» trouvera un écho. Et plus ces questions deviendront déterminantes dans l’ensemble des batailles sociales et politiques. Ainsi, les mobilisations dans les lycées en France de ces dernières semaines trouvent notamment l’une de leurs racines dans les chaleurs insupportables subies dans les salles de classes cet été.
Mais cette politisation des enjeux dépend de notre capacité à renforcer un mouvement social capable de rappeler qu’il n’existe pas de solution à la crise écologique dans le cadre d’un système prêt à sacrifier nos vies pour les profits de quelques-uns.
Faire converger les luttes
Le mouvement travaille déjà sur la suite: une pétition reprenant les grandes lignes du manifeste de la coalition est à signer ici ↗ et sera déposée aux Chambres fédérales dans le courant de l’automne.
À Genève, une assemblée ouverte a déjà réuni mercredi 30 novembre plus de 90 personnes, provenant d’horizons très divers, mais déterminées à poursuivre la mobilisation ensemble. L’assemblée a retenu notamment trois grandes pistes: organiser une grande manifestation de rue au printemps, précédée d’ateliers et conférences et suivie d’un moment festif; lancer une initiative populaire taxant les hyper-riches pour financer des mesures de fraîcheur ou encore cibler systématiquement les grandes entreprises pollueuses dans nos actions futures.
La suite du mouvement, notamment à l’échelle romande mais aussi du pays, reste à écrire.
Thibault Schneeberger
Neuchâtel: Convergences contre la logique du capital
Dernière en date des manifestations «Pas d’été à 50°C», Neuchâtel a connu sa mobilisation le 2 octobre 2026 avec certaines spécificités et succès. Le cortège a été animé par environ 2000 personnes autour de trois revendications: pour la justice, contre l’austérité et le militarisme.
Ce triptyque, plutôt que l’exigence agitatoire purement climatique, plonge son origine dans une mobilisation planifiée depuis ce printemps. En effet, les étudiant·es et salarié·es de l’Université et des Hautes écoles se mobilisent dans leurs organisations propres et avec le SSP depuis deux ans pour combattre les coupes dans la recherche.
À l’échelle fédérale, c’est l’augmentation des budgets militaires qui vampirisent les budgets du service public de la formation, de la recherche et de la lutte contre le réchauffement climatique.
Sur le plan cantonal, l’initiative du PLR pour 10% de réduction des impôts, les stocks pleins de l’industrie du luxe et la pauvreté relative de la population neuchâteloise forment autant de menaces sur la capacité de l’État à financer son activité soumise à un sévère frein à l’endettement.
Face à un exécutif cantonal où PS et Vert·es dominent, une réponse syndicale autonome est fondamentale, alors que les logiques austéritaire sont des réflexes pour une majorité des milieux dirigeants neuchâtelois. Ce sont ces constats qui nous ont amené à mobiliser dans le temps budgétaire, à la rentrée politique et universitaire. Cela explique également le caractère un peu détaché du reste de la coalition «Pas d’été à 50°C». La suite de la mobilisation s’organisera au travers de la grève de la jeunesse contre l’austérité et la militarisation du 20 novembre et le comité de crise qui rassemble les forces de gauche au sens large.
Dimitri Paratte