France

Construire un front antifasciste le plus large possible

Les 27 et 28 juin derniers, le NPA–l’Anticapitaliste a tenu une conférence nationale pour décider de la manière dont le parti s’investirait dans la campagne présidentielle de 2027 en France. Après trois campagnes consécutives, le parti ne présentera pas de candidat·e.

Conférence nationale du NPA lors de laquelle la stratégie pour la campagne présidentielle 2027 a été décidée
La déclaration finale de la conférence du NPA-A a été acceptée à l’unanimité. Paris, 28 juin 2026.

La grande question de notre conférence nationale était de savoir si nous allions présenter une candidate ou pas. Une partie des militantexs défendait effectivement une candidature en propre du NPA–l’Anti­capitaliste. 

À côté de ça, il y avait d’autres options, dont les deux principales étaient opposées à une candidature portée par le parti. La différence était qu’une des deux plateformes insistait sur la nécessité de construire, à côté d’un engagement électoral, un engagement aussi dans les luttes par la construction d’un front antifasciste large.

Plus des trois quarts des militant·exs ont voté contre une candidature autonome. La raison est simple: elle tient au contexte. L’analyse très largement partagée dans le parti, c’est qu’on va vivre une année très particulière. Pour la première fois dans l’histoire de France, un parti fascisant, le Rassemblement national, est en mesure de prendre le pouvoir. La situation est d’autant plus grave que la constitution de la 5e République donne au président des pouvoirs tout à fait exceptionnels, dont Macron n’a utilisé qu’une petite partie. 

Alors qu’on avait les moyens de tenter de mettre en place une candidature, tout cela nous a amené à penser que ce n’était pas la meilleure option et que la priorité était de construire, dans les urnes comme dans les luttes, un front de résistance large à la possibilité d’une victoire de l’extrême droite.

Le constat que nous faisons aujourd’hui, c’est qu’il n’y a qu’une seule candidature à gauche qui a les moyens d’arriver au second tour et donc l’espoir de vaincre la candidature du Rassemblement national. Cette candidature, c’est celle de Jean-Luc Mélenchon. 

Les derniers mois ont montré qu’à gauche, il n’y avait pas de véritable alternative à cette candidature – c’est-à-dire une candidature qui aurait des chances de battre l’extrême droite, tout en portant un véritable programme de gauche. Pour cette raison, nous avons décidé d’engager des discussions avec La France Insoumise (LFI) pour voir de quelle manière on pourrait participer à une campagne. 

L’enjeu aussi, pour nous, c’est de faire en sorte que cette campagne, qui s’est mise en place de manière très verticale sur une décision de Mélenchon lui-même et sans discussion collective, puisse donner lieu à une mobilisation large qui dépasse LFI.

Nous allons y participer avec d’autres forces puisqu’il y a beaucoup d’autres organisations qui, à un moment ou un autre, vont se poser la question de rejoindre cette campagne et d’essayer d’y impulser une dynamique populaire. Nombre de militantexs ne rentreront probablement pas dans les comités électoraux de LFI – parce que ce sont des syndicalistes ou des militantexs associatif·vexs qui ne veulent pas soutenir une candidature en particulier par exemple. 

Fondamentalement, notre politique, c’est d’essayer, indépendamment de ce qui se passe lors des élections, de mettre en place sur le terrain des comités contre l’extrême droite. C’est nécessaire pour être en capacité aujourd’hui d’organiser des militantexs qui s’interrogent toutexs sur ce qui va se passer demain. Si l’extrême droite arrive au pouvoir, de tels comités larges pourraient permettre d’animer une résistance.

Concernant les médias, il n’y a pas de surprise. Quoi que tu envoies à la presse, la seule chose qui l’intéresse, c’est ta position électorale. Tout est interprété dans les termes du jeu politicien. En bref, il est effectivement dit que «le NPA se rallie à Mélenchon» alors que notre position est plus nuancée et compliquée que ça. Mais c’est le jeu des médias.

Le NPA–A est un parti indépendant, qui porte une vision critique des orientations de LFI, avec des divergences politiques importantes sur les questions démocratiques, sur les questions internationalistes, mais aussi sur la question unitaire par exemple. Nous maintiendrons ces critiques, qui n’ont jamais été cachées de toute façon.

Notre objectif, c’est de sortir de la seule logique électoraliste pour animer des dynamiques militantes plus larges. Cela passera par une activité de terrain de nos comités. Nos militantexs sont prêtexs à s’investir dans ce travail: notre déclaration du 28 juin a été votée par 100% de nos déléguéexs – c’est la première fois que la déclaration d’une de nos Conférences nationales est votée à l’unanimité. Cela traduit une forte conscience des enjeux politiques de la période parmi nos camarades. L’enjeu, désormais, c’est de mettre en œuvre cette énergie militante. Pour ça, nous pouvons nous inspirer de ce que nous avont fait en 2024 sur le Nouveau Front Populaire, car cette expérience rappelle que la victoire de l’extrême droite n’est jamais inéluctable. 

Propos recueillis par Antoine Dubiau