Chine

Il y a 60 ans, la grande révolution culturelle 

Déclenchée par Mao Zedong en 1966, la «Grande Révolution culturelle» bouleversera la Chine durant des années. Son influence dépassera les murailles chinoises pour répandre ses concepts dans le reste du monde, paraissant comme une alternative à la «coexistence pacifique» développée par l’URSS. Paradoxalement, elle conduira à un rapprochement avec les USA en pleine guerre du Vietnam en février 1972.

Des manifestants avec des portraits de Mao pendant la Révolution culturelle
Tronçon de la «nouvelle gauche», 1er Mai 1970, Zurich.

En ce début des années 1960, la situation de la République populaire de Chine (RPC) est délicate. Sur le plan intérieur, le pays et la population se remettent difficilement des conséquences de la politique du «Grand bon en avant», impulsée par Mao.

Celui-ci avait convaincu les instances du Parti communiste chinois (PCC) de lancer une phase de croissance industrielle qui concernait l’agriculture, l’industrie légère et l’industrie lourde. Dans ce dernier domaine, les ambitions colossales étaient affichées. L’augmentation de la production tous azimuts devait permettre de rattraper l’Angleterre en l’espace de dix ans. 

Les conséquences de ce volontarisme furent catastrophiques, désorganisant la production agricole et provoquant de graves pénuries. Amplifiée par des catastrophes naturelles, cette période provoqua de grandes famines et bien sûr des critiques dans le PCC contre cet aventurisme économique.

La rupture avec l’URSS

La critique des crimes de Staline et la pratique de la «coexistence pacifique» (le statu quo mondial) par l’URSS avaient éloigné le PCC du «mouvement communiste international», dont il revendiquait la direction politique. L’URSS rompit ses relations avec la RPC en 1960. L’aide industrielle cessa brusquement, isolant davantage le régime chinois, alors que le pays vivait sur une base essentiellement agricole et avait besoin d’assistance.

Ces échecs vont marginaliser Mao au sein du PCC. Pour revenir au centre du pouvoir, Mao et ses partisan·nes lancent en 1966 une mobilisation de masse, d’abord dans la jeunesse étudiante (les célèbres gardes rouges), sous la forme d’une critique radicale des institutions culturelles et de la société chinoise traditionnelle, pour écarter impitoyablement les adversaires de Mao. Mieux connue comme la «Révolution culturelle» (GRC) l’impact et l’étendue de cette contestation interne vont bouleverser la RPC des années durant.

Les justifications de la GRC sont d’empêcher le retour du capitalisme et de la bourgeoisie. Ces motifs paraissaient infondés. Les inégalités économiques dans les campagnes, les privilèges dans le PCC et l’appareil d’État montraient de réelles différentiations sociales mais ne préparaient pas une restauration du capitalisme. Par contre, ces situations alimenteront une profonde colère contre les privilèges et le conservatisme de la bureaucratie du PCC.

Une dynamique de masse

En peu de temps, la GRC prévue par Mao comme un mouvement dirigé par sa fraction et aux objectifs limités (la liquidation de ses opposants), va se transformer en une révolution anti-­bureaucratique de masse dans la jeunesse, puis dans la classe ouvrière urbaine avec la création de «communes» qui deviennent les nouveaux organes de décision. La situation devient incontrôlable pour la bureaucratie, toutes factions confondues. Mao s’était assuré de l’appui de l’armée (ALP) avant de se lancer, mais une répression frontale des gardes rouges paraît irréalisable.

La fuite et la mort du chef de l’armée Lin Biao en septembre 1971 sonne le glas de la GRC. Des compromis entre fractions rivales négocieront une pacification interne.

Impact international de la GRC

L’influence de la «Révolution culturelle» va dépasser les frontières de la Chine et trouver des oreilles attentives parmi les révolté·es en Europe, aux États-Unis et d’autres parties du monde. Son influence politique sur de nouveaux courants politiques sera indiscutable, car ce mouvement répond à de nouvelles interrogations radicales, à la recherche d’un renouveau révolutionnaire, d’une nouvelle interprétation du marxisme et de la critique de la socitété de consommation capitaliste.

Le modèle maoïste va engendrer beaucoup d’espoirs, la figure du président Mao fera l’objet d’un fort culte de la personnalité, rejoignant celui de Staline, et pas seulement dans la forme. La large diffusion des pensées de Mao dans le Petit livre rouge en sera un des instruments, en Chine et dans le monde. Mais rapidement beaucoup de désillusions vont naître lorsque sont connues les réalités brutales et répressives provoquées par la GRC et les comportements autoritaires de ses leaders. D’ailleurs, cette rhétorique révolutionnaire est davantage influencée par la figure de Staline que par un retour aux sources du marxisme. Plus tard, la pensée de Mao va inspirer les horreurs des Khmers rouges au Cambodge ou du «Sentier lumineux» au Pérou.

Après le décès de Mao en 1976, les règlements de comptes internes et la lutte contre les oppositions dans la société ou dans le PCC se feront avec les méthodes plus traditionnelles du maintien de l’ordre bureaucratique, n’hésitant pas à faire usage de la force militaire. Comme sur la place Tien Anmen en 1989, sous le portrait géant de Mao Zedong.

José Sanchez