No-g7

Les casseurs Étaient à Évian, la résistance à genève

La coalition NO-G7 n’aurait pas dû exister. Jusqu’au bout, une très large partie du spectre politique, policier, patronal et médiatique, avec à sa tête la conseillère d’État socialiste genevoise Carole-Anne Kast, ont tout fait pour empêcher la tenue même du contre-sommet. L’«État d’urgence préventif» savamment préparé illustre le durcissement autoritaire et le climat fascisant à l’œuvre sur tous les continents. 

manifestation contre le G7 le 14 juin 2026 à Genève
solidaritéS a formé un tronçon commun avec nos camarades du NPA-A lors de la grande manifestation contre le G7 du 14 juin 2026.
Lilian Schibli

Malgré ces tentatives de sabotage ce sont environ 60000 personnes qui ont pris la rue à Genève le 14 juin contre le G7. La manifestation concluait un week-end de succès pour la coalition, qui a réuni pas moins de 60 organisations. C’est ainsi au détour du camping, de la cantine, de concerts, des nombreuses tables rondes que l’on pouvait se retrouver pour apprendre et construire la résistance. Et c’est bien de cela dont il a été question durant tout ce week-end de mobilisation: être ensemble, discuter et réfléchir à la possibilité d’un autre monde.

Une «situation exceptionnelle» pour
museler la contestation

Manifester à Genève était un véritable casse-tête depuis des années déjà, en particulier pour les organisateur·ices de manifestations. Et le NO-G7 n’a pas fait exception. Des mois d’attente et de ping-pong entre les autorités – cantonales, de la Ville de Genève et de France voisine – pour apprendre à la télévision qu’il n’y aurait aucun lieu de camping sur des terrains publics, ni de village militant, puisque le parcours était refusé. 

Nous retenons de cette séquence le travail acharné du Conseil d’État – dont les décisions étaient toujours «unanimes» – pour tenter de nous affaiblir et de nous diviser, de nous épuiser et de nous faire douter. Le travail de mobilisation et d’organisation a été entravé mais la coalition a su rester unie et c’est une victoire en soi.

Pendant le G7, deux mondes se dévoilent

Le G7 a eu le mérite de montrer une dérive sécuritaire à son apogée. D’un côté, une ville terrorisée et barricadée totalement retranchée derrière des palissades jaunes, des frontières partiellement fermées et des checkpoints policiers à chaque coin de rue. De l’autre, des tables rondes ouvertes et gratuites sur nombre de thématiques qui nous sont chères, de l’extractivisme capitaliste à l’offensive transphobe en passant par les batailles médiatiques contre le fascisme.

Le climat des plus anxiogène façonné depuis des mois visaient aussi à préparer violences policières et répression contre la manif du 14 juin. La police a largement gazé la moitié du cortège, tiré dans la foule à coup de flash-ball avant de nous contraindre à terminer la manifestation dans un climat chaotique. 

Les organisateur·ices de la manifestation, l’équipe d’auto-­protection, des touristes, des baigneur·ses ainsi que les travailleur·ses de la buvette du parc ont fini dans une nasse qui a duré toute la nuit pour toute la nuit, au prétexte d’identifier «les casseurs».

S’organiser contre le chaos

La coalition NO-G7 a permis de créer ou de renforcer les collaborations entre des organisations aux stratégies différentes et à réactiver les contre-sommets comme mode d’action et d’organisation, ce qui n’avait plus été fait depuis plusieurs années. Il est à espérer que ces nouvelles alliances se poursuivent à l’avenir.

Grève féministe du care du 14 juin 2027 en préparation, luttes pour la Palestine et contre les impérialismes, renouveau nécessaire des luttes écologistes, les possibilités de convergences concrètes ne manquent pas à l’agenda des mobilisations sociales. Ce 14 juin une étincelle a été allumée et nous allons souffler un vent de résistance collective pour en faire un brasier.

Le chemin est long mais le NO-G7 a ouvert la voie à des solidarités nouvelles et à nos victoires futures. Les rencontres militantes ont dessiné les contours d’un autre monde. Un contenu politique solide face à un bloc occidental du G7 qui peine à contenir ses adversaires internationaux et n’est plus en mesure de cacher ses contradictions ni d’inventer un récit pour donner sens à ses politiques du pire. Ne reste que la tentative ratée d’étouffer les contestations. 

Dans ce contexte de durcissement autoritaire, s’organiser est indispensable. Si solidaritéS a joué un rôle majeur au sein de la coalition – par son implication, son expérience, son réseau local et international, ses analyses et propositions politiques – nous nous sommes aussi renforcé·es en apprenant des autres organisations et en tissant de nouveaux liens. Et pour traduire les succès du NO-G7 sur le temps long mais dans l’urgence de la période actuelle, il va être indispensable de continuer la voie initiée depuis des années: s’engager dans les luttes de terrain comme dans les campagnes politiques en défendant des alliances larges sur une ligne de rupture. Face aux puissances réactionnaires, impérialistes et fascistes qui se déchaînent contre les peuples et nous mènent au chaos, au capitalisme écocidaire et au backlash patriarcal et queerphobe, l’heure est à la construction de fronts déterminés et pluriels.

Donna Golaz    Téo Frei